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Stephen Jarislowsky: la nature humaine guide la finance


ErickMontreal
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Stephen Jarislowsky: la nature humaine guide la finance

 

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Publié le 21 février 2009 à 11h50 | Mis à jour à 11h57

Philippe Mercure

La Presse

 

Il a vécu en Allemagne, aux Pays-Bas, en France, aux États-Unis. Il a débusqué les nazis au Japon pour les services secrets américains. Il a étudié le génie, les affaires, la culture asiatique. Il est devenu milliardaire, a combattu les abus du monde de la finance, n'a jamais craint la controverse. Et à 83 ans, Stephen Jarislowsky semble incapable de s'arrêter. «Me reposer? Je me repose assez. Pas besoin de me reposer plus.»

 

«On a vécu comme des chiens qui pouvaient manger autant qu'ils le voulaient. Un chien va manger tout ce qui est devant lui, même si ça le rend malade. On a fait exactement la même chose.»

 

 

 

Voilà comment Stephen Jarislowsky, président du conseil, président et directeur de la firme d'investissement Jarislowsky Fraser, explique la crise financière qui secoue actuellement la planète.

 

Sa liste de coupables est longue. Certaines banques «ont fait beaucoup trop de spéculation» sans avoir les capitaux pour soutenir leurs acrobaties, constate-t-il. Mais M. Jarislowsky blâme aussi les consommateurs qui ont «trop dépensé et ont cédé à l'appât du gain».

 

Cette crise, dont il avoue n'avoir pas su prédire l'ampleur, le désole.

 

«J'ai vécu ma jeunesse pendant la Dépression et on dirait bien que je vais finir mes jours dans le même contexte. Ce n'est pas amusant, ça. Ça veut dire qu'en l'espace d'une vie comme la mienne - plus de 80 ans -, l'être humain est resté aussi idiot.»

 

Derrière les énormes lunettes, le regard est perçant. Le bureau de Stephen Jarislowsky est rempli de plantes qui étendent leurs feuilles dans toutes les directions. À l'une des branches pend un singe en peluche. Des peintures sont accrochées aux murs, rappelant que le financier est aussi un grand amateur d'art.

 

La nature humaine, explique l'oracle, carbure à la peur et à l'appât du gain. Et c'est l'alternance de ces deux émotions qui explique les cycles économiques. «Ça m'étonne qu'on n'enseigne pas la nature humaine dans les écoles, dit-il. Si elle ne change pas, ça serait pourtant facile!»

 

Et vous, M. Jarislowsky, vous avez toujours su résister à la peur et à l'appât du gain? «Toujours», répond le milliardaire. Et vous n'avez aucun regret? «Aucun.»

 

Si Stephen Jarislowsky est un homme rongé par les remords, disons qu'il cache bien son jeu.

 

«Je suis fier du fait que j'ai vécu une vie qui me plaît, dit-il. J'ai apporté, peut-être, un peu de bien ici et là. J'ai gagné le respect de la société dans laquelle je vis. Je suis bien accepté dans les sociétés ethniques et dans les deux cultures du Canada.»

Liberté chérie

 

Celui qu'on a appelé «la conscience du milieu financier» rappelle qu'il a créé 21 chaires de recherche universitaire et qu'il est à l'origine de l'Institut sur la gouvernance des organisations publiques et privées, qui combat les abus du monde de la finance et défend les droits des petits actionnaires.

 

A-t-il fait des erreurs de parcours? «On fait toujours des erreurs, dit-il. J'ai fait de très grandes erreurs dans ma vie. D'abord, mon premier mariage et le fait que je n'ai pas pu éduquer mes deux fils. Et puis j'ai fait beaucoup d'erreurs d'investissement, surtout récemment avec les actions d'entreprises financières.»

 

À 83 ans, que lui reste-t-il à accomplir? Il répond en décrivant de nouvelles batailles qui s'inscrivent dans la guerre qu'il mène depuis des décennies.

 

«Récemment, j'ai été responsable du fait que certains présidents de banques n'ont pas accepté de prime à la fin de l'année. Je leur ai dit: «Messieurs! Vous allez le regretter si vous acceptez ces primes-là. Ça va être très mal vu.» Ils ont compris - sauf un ou deux.»

 

Comment peut-il faire la leçon aux PDG alors qu'il est lui-même l'un des hommes les plus riches au Québec? La question le fait bondir.

 

«On n'est plus dans le vieux Québec où quelqu'un qui fait de l'argent est un voleur», lance-t-il.

 

S'il est riche, c'est qu'il a fondé lui-même sa propre compagnie et qu'elle a eu du succès, explique-t-il. «Mon salaire a toujours été très bas - il n'a jamais dépassé 32 000$. Et les taux de Jarislowsky Fraser sont les plus bas de toute l'industrie», dit celui qui a fait fortune avec ses actions.

 

Son rapport à l'argent?

 

«L'argent vous donne la liberté de vous exprimer et de faire tout ce que vous voulez, dit-il. Aussitôt que vous faites ce que vous voulez, l'argent n'a plus aucun but. Je n'ai pas besoin de yacht ou d'avion privé. Je conduis ma propre voiture - j'ai gardé la dernière pendant 18 ans!»

 

Stephen Jarislowsky n'a donc jamais cherché à être riche? «Mon but était de devenir assez riche pour avoir cette liberté, dit Stephen Jarislowsky. Liberté! Liberté chérie! Combats avec tes défenseurs!» s'écrie-t-il tout à coup.

 

Oui, la crise financière est désolante. Et Stephen Jarislowsky, malgré des décennies consacrées à instaurer un peu d'éthique dans le monde de la finance, admet qu'il n'a pas réussi à corriger la nature humaine. Mais ce n'est pas ce qui l'empêchera de déclamer La Marseillaise dans son bureau en rigolant.

 

La Caisse de dépôt et placement

 

«Ils ont essayé de rivaliser avec Teachers'. Ils ont acheté toutes sortes de choses, la gestion du risque n'était pas suffisante. Il n'y avait pas assez de personnes au conseil d'administration qui comprenaient l'investissement fiduciaire.»

 

«Les caisses de retraite en général ont fait de la spéculation, elles ont acheté toutes sortes d'investissements qu'on n'achetait jamais auparavant, quand on gérait en bon père de famille - ce qui est quasiment la seule façon de gérer les fonds qui appartiennent à d'autres, surtout les caisses de retraite.»

 

L'issue de la crise

 

«La seule chose qui peut nous sauver, c'est l'inflation. Moi, je déteste l'inflation, mais là, on n'a pas le choix. Si on a de la déflation, le prix des maisons et des actions va baisser encore.»

 

M. Jarilowsky se prononce aussi en faveur d'investissements massifs dans les infrastructures et propose que les gouvernements rachètent les actifs toxiques des banques.

 

Barack Obama

 

«Je ne sais rien de ce bonhomme-là, c'est une question qui reste ouverte. Au moins, il essaie de prendre une direction un peu différente de George W. Bush. Mais, pour le moment, il n'a pas accompli grand-chose, sauf peut-être Guantánamo.»

 

Ses prises de position politiques

 

«Pour moi, c'est évident que, si vous êtes citoyen d'un pays démocratique, vous dites ce que vous avez à dire. J'ai eu la chance d'avoir une bonne éducation. Et si on apprend quelque chose, il faut quand même l'utiliser pour faire du bien à la société.»

 

Sa pensée politique

 

«Je ne suis pas un homme de droite. Je me trouve un peu à gauche du milieu.»

 

* * *

 

Une vie bien remplie

 

Stephen Jarislowsky est né à Berlin en 1925. Peu après la mort de son père, sa mère prend la décision de l'envoyer aux Pays-Bas avec son frère et sa soeur alors qu'il n'a que 5 ans. La famille se réunit à nouveau en 1937 à Paris, puis s'installe à Aix-en-Provence, dans le sud de la France. Au début de la Deuxième Guerre mondiale, la famille quitte l'Europe pour s'installer aux États-Unis. Stephen Jarislowsky fait ses études en génie mécanique à l'Université Cornell avant d'être recruté par l'armée américaine à l'âge de 19 ans.

 

L'armée l'envoie à l'Université de Chicago pour y apprendre le japonais, puis à Tokyo, où il travaille pour les services de renseignement. L'un de ses rôles: interroger les Allemands pour déterminer lesquels sont des nazis qui doivent être expulsés.

 

De retour aux États-Unis en 1946, Stephen Jarislowsky fait des études en histoire et culture orientales, puis décroche un MBA à Harvard. Il est embauché par Aluminium Limited (l'ancêtre d'Alcan) et s'installe à Montréal.

 

Il quitte tout quelques années plus tard pour aller diriger l'entreprise de sa belle-famille à New York, puis revient à Montréal où il décide de se lancer en affaires. Buanderie à Laval, fonds communs axés sur les pétrolières, il tâte de tout avant de mettre 100$ dans une entreprise qui accumule des données financières sur les entreprises et les revend à des investisseurs. Jarislowsky-Fraser, une firme qui gère aujourd'hui des actifs d'environ 42 milliards pour une large gamme de clients privés et institutionnels, est née.

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