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Publié le 07 juin 2009 à 00h05 | Mis à jour à 00h05

 

Des épaves de plus en plus gênantes

 

Hugo Meunier

La Presse

 

De loin, on dirait une ville abandonnée.

 

Une grappe de vieux immeubles similaires, alignés les uns contre les autres dans un secteur résidentiel un peu mal famé de Pointe-aux-Trembles.

 

Un vaste champ broussailleux s'étend au pied de ces bâtiments, jusqu'à une vieille école primaire abandonnée dont les fenêtres et les portes sont barricadées avec des feuilles de contreplaqué.

 

Il y a deux ans, des enfants grouillaient dans la cour de l'école anglophone McLearon. Mais la commission scolaire English Montreal l'a fermée, faute d'élèves.

 

Aujourd'hui, le nom de l'école sur le mur de briques est noirci par trois incendies criminels qui y ont été allumés en moins de trois mois à l'été 2007.

 

Des débris de verre et des bouteilles de bière s'amoncellent devant les fenêtres barricadées. Des graffitis haineux tapissent les murs. «Fuck les Anglais!» peut-on lire à quelques endroits.

 

«J'ai bien hâte que quelqu'un fasse quelque chose avec ça!» s'exclame Claude Marquis, qui habite en face de l'école avec sa famille.

 

Il était aux premières loges pour assister aux incendies qui ont ravagé l'école, dont le plus violent a entraîné des dégâts évalués à un demi-million de dollars. «Ça brûlait beaucoup. On a eu peur, c'était près de la maison!» raconte ce père de deux enfants.

 

Il y a quelques semaines, les pompiers sont revenus pour un incendie de moindre ampleur. «Et par la suite, j'ai vu des gens faire du grabuge autour de l'école. Ils frappaient dans les fenêtres avec des bâtons», explique la conjointe de M. Marquis, Andrea Predescu.

 

Comme les gens du secteur, ils ont signé une pétition visant à débarrasser le quartier du bâtiment. «L'école attire maintenant toutes sortes d'indésirables», laisse tomber M. Marquis.

 

«Il est à peu près temps»

 

«Il est à peu près temps que quelqu'un en parle», soupire un résidant de la rue Sanguinet lorsqu'on lui demande son avis sur le duplex abandonné depuis à peu près un quart de siècle à côté de chez lui.

 

Depuis, la maison, construite en 1895, attire les consommateurs de drogue et les graffiteurs, sans oublier les rongeurs et même quelques hiboux.

 

Derrière la façade barricadée du duplex, il n'y a presque rien, sinon un amas de briques et de poutres à ciel ouvert. Comme un décor de cinéma. «Les pompiers débarquent régulièrement. Les murs de briques ont commencé à s'effriter et les risques d'effondrement augmentent. J'ai fait plusieurs plaintes à la Ville, mais ça ne donne rien», soupire ce voisin.

 

Ce genre de situation n'est pas une exception et pourrait se multiplier au cours des prochaines années.

 

Des épaves de plus en plus gênantes

 

 

Le vieillissement du parc immobilier risque de faire augmenter le nombre d'immeubles abandonnés à Montréal, qui s'élève déjà à 500, estime le Service incendie de Montréal (SIM). «Les structures prennent de l'âge. Beaucoup de bâtiments du centre-ville et du Centre-Sud ont entre 75 et 100 ans», explique James Ross, chef de division en santé et en sécurité au SIM.

 

La situation force d'ailleurs trois arrondissements - Sud-Ouest, Ville-Marie et Mercier-Hochelaga-Maisonneuve - à assurer une surveillance permanente et à tenir un registre des immeubles abandonnés, qui appartiennent pour la plupart à des particuliers.

 

Incendie, vieillissement des structures, déménagement, décès, faillite, succession, difficultés à vendre: les raisons qui poussent les gens à abandonner leurs immeubles sont nombreuses.

 

Certains propriétaires continuent de payer leurs impôts fonciers. D'autres se sont évanouis dans la nature.

 

Tous ont cependant la responsabilité de fermer les accès à leurs bâtiments, sous peine d'amendes.

 

Ce qui ne veut toutefois pas dire que ces immeubles sont impénétrables.

 

Règlement plus musclé

 

Avec les années, plusieurs de ces épaves urbaines finissent par se fondre dans le décor. Les autorités assurent qu'elles ne sombrent pas dans l'oubli pour autant.

 

Les arrondissements ont le pouvoir de recommander la démolition des immeubles abandonnés s'ils s'avèrent dangereux.

 

Les bâtiments sont d'ailleurs classés en trois catégories par le Service incendie de Montréal: vacants, dangereux et à risques particuliers. «Ce n'est pas parce que c'est laid qu'on peut faire quelque chose, même si ça irrite le voisinage», nuance Jean Poisson, chef de la division des permis et des inspections de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

 

Pas moins de 204 immeubles abandonnés sont éparpillés sur son territoire, dont plusieurs en état de dégradation avancée.

 

M. Poisson se réjouit de l'adoption d'un règlement municipal à la fin de 2007, qui autorise l'imposition de lourdes amendes aux propriétaires qui détériorent ou laissent se détériorer leurs bâtiments. «Ce sont les propriétaires qui sont responsables du nombre d'immeubles abandonnés, et non le vieillissement du parc immobilier», croit M. Poisson.

 

Dans l'arrondissement de Ville-Marie, 47 bâtiments abandonnés sont dans la ligne de mire des autorités. «On a enfin les moyens d'exercer une pression sur les propriétaires», explique le porte-parole de l'arrondissement, Jacques-Alain Lavallée, en référence au nouveau règlement.

 

Quant aux immeubles squattés du centre-ville, M. Lavallée souligne qu'il est conscient du problème. «On ne peut pas toujours être là», plaide-t-il.

 

L'arrondissement du Sud-Ouest abrite aussi son lot de bâtiments condamnés, soit 49, dont plusieurs immeubles industriels. Un nombre qui pourrait diminuer, croit Normand Proulx, directeur en aménagement urbain et du service aux entreprises de l'arrondissement.

 

À l'instar de la Ville, plusieurs groupes communautaires du Sud-Ouest maintiennent une pression sur les propriétaires pour que les immeubles vacants connaissent une seconde vie.

 

Le Service de police de la Ville de Montréal a d'ailleurs chassé la semaine dernière une centaine de personnes qui occupaient une usine de chandelles désaffectée à l'angle des rues Atwater et Saint-Patrick. Les évincés militaient contre la conversion des bâtiments abandonnés du quartier en copropriétés plutôt qu'en logements sociaux.

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