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Le Québec et la crise mondiale - Le gouvernement a-t-il les moyens de ses prétentions


ErickMontreal
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Le Québec et la crise mondiale - Le gouvernement a-t-il les moyens de ses prétentions ?

 

Jean-Claude Leclerc

Le Devoir

lundi 17 novembre 2008

 

Les leaders politiques des puissances économiques sont finalement convenus, à Washington, des domaines où leur gouvernement entend intervenir pour enrayer, espèrent-ils, la crise financière et la récession qui s’étend dans le monde entier. Les moyens d’action restent cependant à définir. Aussi, entre-temps, maintes institutions et entreprises en difficultés se ruent-elles sur les pouvoirs publics, tentant d’en obtenir des contributions, qu’ils n’ont plus, pour la plupart, les moyens d’apporter.

 

Se pourrait-il que le Canada soit à l’abri de la tourmente ? Invités à se prononcer sur les enjeux d’une élection dont ils ne veulent pas, nombre de Québécois placent en tête de leurs préoccupations, non l’économie, mais la santé et l’éducation. De telles priorités reflètent probablement leur expérience quotidienne, mais elles étonnent. Car le raz de marée qui approche risque de saper, en même temps que l’économie, les revenus dont l’État dispose pour payer ces services.

 

Plusieurs croient, sans doute avec raison, que le gouvernement du Québec, peu importe le parti au pouvoir, ne peut guère influer sur les grandes puissances — les États-Unis et l’Union européenne notamment — et sur les mesures qu’elles vont prendre en vue de redresser la situation. D’aucuns disent pourtant que les finances du Québec laissent à son gouvernement une importante « marge de manoeuvre ». Est-ce le cas ?

 

Des pays ont entrepris de renflouer des banques en perdition et sont maintenant invités à sauver des industries mises en péril par la chute de la consommation. Ces interventions-là ne sauraient toutefois valoir que pour une courte durée. Pour peu que la récession dure, aucun pays ne pourra payer des sauvetages prolongés en surtaxant ses contribuables ou en vendant plus d’obligations du trésor aux Chinois ou aux Arabes.

 

Lors d’autres récessions, il est vrai, le Québec avait pu ranimer son activité économique en lançant de grands travaux. Le premier ministre Robert Bourassa en avait fait un instrument de stabilité politique et sociale. Cette époque est révolue. Le Québec, depuis, s’est endetté lourdement, il peine à boucler ses budgets et, surtout, il doit aux transferts fédéraux le haut niveau de ses services. Dans un pays où les provinces riches sont, elles aussi, menacées par la crise, cette police d’assurance ne tient plus.

Le secteur public

 

La crise qui s’en vient touchera donc aussi le secteur public. À deux reprises, un gouvernement québécois a été mis à l’épreuve. Quand le premier ministre René Lévesque fit appel aux syndiqués de l’État, il s’est heurté à un refus. Et Lucien Bouchard, face à un dilemme semblable, a dû sacrifier, avec des retraites massives, l’expérience des aînés. Or, le gouvernement sortant, s’il jouit d’une plus grande satisfaction auprès de l’électorat, n’a pas pour autant les moyens de faire davantage.

 

Tout au plus pourrait-il tenter de faire mieux. Il est à cet égard inquiétant de voir la pluie des promesses qui inonde la présente campagne électorale et l’absence de stratégie collective face à la crise qui s’en vient. Si les grands travaux d’infrastructures publiques que l’on promet sont gérés comme on l’a fait dans le cas du Centre hospitalier de Montréal, de l’Université du Québec et d’autres chantiers d’envergure, les choses risquent même d’empirer.

 

Par contre, si Québec n’a pas autant d’argent qu’autrefois, il possède encore le pouvoir d’encadrer plusieurs pratiques financières. Mais ces réformes seront lentes, et les résultats n’en seront pas instantanés. Au reste, les entreprises ne pourront pas toutes attendre les nouvelles règles, internationales ou nationales, qui ont été promises lors du sommet de Washington.

 

Qu’elles le veuillent ou non, les entreprises qui perdent des clients devront, elles, à défaut de trouver des partenaires mieux pourvus en liquidité, réduire substantiellement leurs dépenses, remettre à plus tard certains investissements, et procéder à des licenciements. Et même celles qui ne sont pas directement affectées par la récession devront, pour la plupart, se protéger de ses contrecoups.

 

Car un phénomène insaisissable mais primordial frappe toutes les entreprises : la confiance a été perdue. Aucune loi, aucune régie d’État, encore moins « l’autorégulation », ne va la rétablir à brève échéance. À moins d’un changement radical dans les moeurs des directions d’entreprise, ce déficit de crédibilité sera même difficilement comblé dans les prochaines années. La « gouvernance », popularisée après le scandale d’Enron, s’étant révélée impuissante à prévenir la présente déconfiture, c’est là surtout que le changement reste crucial.

 

Sans cette réforme, les secours de l’État — achat d’actions, garantie de prêt, congé fiscal, subventions — risquent d’être consentis en pure perte. Les élus auront, dit-on, à en surveiller étroitement l’usage. La tâche en sera plus malaisée qu’il n’y paraît. On tiendra ces élus responsables, le cas échéant, d’un gaspillage. Et ils seront aussi fort mal placés, en cas d’échec, pour jeter des blâmes. L’État ne devient « partenaire », en effet, qu’en abdiquant une partie de son rôle d’arbitre et de gardien de la sécurité publique.

 

Les limites de l’intervention de l’État

 

La présente crise met donc à nu non seulement les failles du libre marché, mais aussi les limites de l’intervention de l’État. Les gouvernements eux-mêmes ne perdent-ils pas le contrôle des organisations qu’ils créent ? De plus, au chapitre de l’intégrité, d’autres institutions sont restées dans l’ombre dont la vigilance sinon l’orientation s’est gravement affaiblie. On a mis en cause, par exemple, l’Autorité des marchés financiers. Certains ordres professionnels chargés de protéger le public contre l’inconduite de leurs membres s’acquittent aussi de plus en plus mal de cette responsabilité.

 

Point n’est besoin d’être versé en finance ou en droit pour recenser les faiblesses humaines qui contribuent à des catastrophes comme celles qui secouent présentement les marchés. La complaisance, l’endettement, les attentes irréalistes, la cupidité sont souvent à la source de telles crises. Malheureusement, il n’est guère de loi ou d’autorité qui puisse les prohiber. Par contre, il est possible d’empêcher, par exemple, les conflits d’intérêts.

 

Un professionnel ne doit pas agir en même temps pour deux clients aux intérêts opposés. C’est un cas classique, déjà résolu dans les règles d’éthique, sinon toujours respecté. Mais qu’en est-il du professionnel lui-même ? N’a-t-il toujours en vue que le seul intérêt de son client ? Plus d’un professionnel, hélas, sait aussi ménager son propre intérêt. Cette contradiction qui touchait depuis toujours les individus touche maintenant les sociétés de services professionnels.

 

Pareille évolution n’est pas irréversible. Les mandats de conseiller juridique, d’analyste financier ou de vérificateur, s’ils étaient d’une durée limitée, prêteraient moins aux avis de complaisance, aux comptabilités acrobatiques ou à d’autres menus services requis de gestionnaires irresponsables. Les conseils d’administration, également, risqueraient moins alors de tomber sous l’influence malsaine d’« experts » incrustés dans la place.

 

Dans le cas des comptables, les mandats de vérification sont présentement renouvelés de routine d’année en année. Il est trop tard, en cas de déconfiture d’une entreprise — ou d’une organisation parapublique — pour demander des comptes. Des investisseurs floués s’en prennent de nos jours à des bureaux professionnels qu’ils tiennent pour coresponsables de leurs malheurs. Quand on en est rendu à intenter des procès à des gens qui étaient chargés de prévenir les litiges, c’est que le régime de protection du public est un échec.

 

***

 

[email protected]

 

Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l’Université de Montréal.

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