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Les Canadiens paieront-ils pour le fiasco de Muskrat Falls?


Normand Hamel
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Les Canadiens paieront-ils pour le fiasco de Muskrat Falls?

Le projet le plus ambitieux jamais entrepris par Terre-Neuve-et-Labrador a donné lieu au plus grand échec de son histoire. Le barrage hydroélectrique de Muskrat Falls a plongé le gouvernement dans une crise financière sans précédent. Les contribuables canadiens deviendront-ils la bouée de sauvetage d’une province qui croule sous les dettes?

Marc Godbout - Radio-Canada

Par un froid mordant, des navettes déposent et récupèrent les travailleurs pour les amener jusqu’au chantier de Muskrat Falls.

La scène a lieu à une trentaine de kilomètres de la future centrale du bas du fleuve Churchill.

Électriciens, soudeurs, mécaniciens, peu importe leur métier, ils sont très conscients des dérapages du projet.

Mais dans ce milieu où tout le monde connaît tout le monde, parler publiquement devient risqué. Le taux de chômage dépasse par moments les 15 % et on ne veut surtout pas compromettre son emploi.

Certains acceptent de s’exprimer, mais sous le couvert de l’anonymat :

« C’est un bar ouvert. Personne n’est redevable, c’est comme ça depuis le début. »

« On sera vraiment chanceux si on s’en tire en bas de 15 milliards [de dollars], trop d’erreurs ont été commises, trop de travaux ont dû être refaits. On a hypothéqué l’avenir de la province. »

– Opérateur d'équipement lourd

Le mégaprojet est maintenant réalisé à 96 %. L’après-Muskrat Falls préoccupe grandement les travailleurs, puisqu’un avenir incertain attend la province.

Avant de prendre la route qui doit le mener au chantier principal, un travailleur confie ceci : « Tout le monde va finir par payer pour cette incompétence, moi, vous, c’est inévitable. »

Le bras d’honneur

Muskrat Falls devait être la réponse à l’injustice du contrat historique de Churchill Falls, la vengeance de Terre-Neuve-et-Labrador qui n’a jamais digéré l’entente de 1969.

Hydro-Québec s’était alors engagée à acheter presque toute l’électricité produite à la centrale du Labrador. Un contrat valide jusqu’en 2041 qui permet au Québec de payer un prix dérisoire et d’engranger de très forts profits en revendant cette électricité aux Américains.

L’ancien premier ministre, Danny Williams, avait juré que les Terre-Neuviens ne se laisseraient plus jamais exploiter par le Québec. Le 18 novembre 2010, il a dévoilé son grand jeu. Ce jour-là, l’ambiance était survoltée.

Au sommet de sa gloire, le très flamboyant Danny Williams a promis de léguer « le plus grand héritage » à sa province : le projet hydroélectrique Muskrat Falls. Le grand rêve de l’autonomie énergétique allait enfin pouvoir se concrétiser, affirmait l’ex-premier ministre conservateur.

« Cette journée revêt une grande importance historique pour Terre-Neuve-et-Labrador, alors que nous avançons dans le développement du projet du Bas-Churchill, selon nos propres termes et en l'absence de l'emprise géographique du Québec qui a trop longtemps déterminé le sort de la plus attrayante énergie propre en Amérique du Nord »

– Danny Williams - 18 novembre 2010

Une semaine plus tard, Danny Williams quittait la vie politique. Sans le savoir, les Terre-Neuviens allaient être entraînés dans une véritable spirale.

L’héritage de M. Williams? Muskrat Falls coûtera au moins deux fois plus cher que prévu : 12,7 milliards de dollars pour une population d’à peine 528 000 habitants.

12,7 milliards de dollars, c’est aussi le double du prix du complexe de La Romaine d’Hydro-Québec qui pourra générer deux fois plus d’énergie.

« C’est un cancer, une faillite provinciale », lance Rachel Smith. Dans un hôtel du centre-ville, le même où Danny Williams avait fait son annonce en 2010, l’employée exprime sa frustration.

Terre-Neuve-et-Labrador est maintenant prise dans un piège. Avec un endettement record de 14,7 milliards de dollars, le risque d’une insolvabilité se profile à l’horizon si rien n’est fait.

Le projet de Muskrat Falls compte désormais pour 35 % de la dette nette de la province.

Huit ans après l’annonce de M. Williams, le portrait est cruellement ironique. Muskrat Falls est maintenant destiné à produire une électricité à coût élevé dont Terre-Neuve n'a pas besoin et qu’elle pourrait même être incapable de revendre.

Pour rentabiliser ce projet hydroélectrique, il faudrait au minimum doubler les tarifs d’électricité résidentielle d'ici 2022.

Une telle décision est impopulaire et difficile à accepter dans cette province où la dette nette par habitant est la plus élevée de toutes les provinces canadiennes. Et cet écart s’agrandit.

« Je ne vois pas comment je pourrais rester ici encore longtemps, c’est trop risqué », déplore Rachel Smith. « Et croyez-moi, je ne suis pas la seule à penser ainsi. »

Dans cette province où le vieillissement de la population est le plus élevé et où le taux de natalité est le plus bas au pays, le poids financier pèse très lourd. Et dans la tête de bien des Terre-Neuviens, une solution est inévitable : un sauvetage fédéral.

« Ottawa ne peut pas nous abandonner. Notre population vieillit et diminue. Nous avons besoin de services », fait valoir Sharon Halloway, nouvellement retraitée.

Le Canada, pour le meilleur et pour le pire

Quelques mots dans un document de Nalcor Energy publié il y a 5 ans prennent tout leur sens aujourd’hui et montrent à quel point ce problème provincial devient un problème canadien.

Une phrase clé de cette société d’État qui gère les ressources énergétiques de la province et qui est maître d’oeuvre de Muskrat Falls attire l’attention.

L’entreprise souligne avec insistance que le Canada est lié à ce projet pour le meilleur et pour le pire.

« La garantie de prêt fournie par le gouvernement du Canada est une garantie de grande qualité qui procure une obligation directe, absolue, inconditionnelle et irrévocable, présente et permanente du Canada. »

– Extrait du rapport de Nalcor décembre 2013

Cet engagement d’Ottawa de se porter garant jusqu’à concurrence de 7,9 milliards de dollars des dettes terre-neuviennes liées aux projets du Bas-Churchill est coulé dans le béton.

En d’autres mots, si Nalcor manque à ses obligations, le gouvernement fédéral doit rembourser les prêteurs.

Juste le fait d’y penser, David Vardy sort de ses gonds. « En garantissant les emprunts, Ottawa a activé ce projet qui n’aurait jamais dû aller de l’avant. Il a une grande part de responsabilité dans ce désastre. »

L’ancien sous-ministre terre-neuvien, un économiste, raconte qu’il passait pour un fou quand lui et certains de ses anciens collègues émettaient de sérieux doutes sur la viabilité du projet avant même l’annonce de Danny Williams.

« C'est maintenant un problème national. Nous ne pourrons pas respecter nos obligations en matière de paiement, alors oncle Ottawa devra venir à la rescousse. »

– David Vardy, économiste

David Vardy dirige aujourd’hui une coalition de citoyens préoccupés. Il croit que les Canadiens se retrouvent aujourd’hui les mains liées parce que les motivations politiques ont pris dessus sur le gros bon sens.

Déterminé à gagner des sièges dans la province, le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait d’abord consenti à Terre-Neuve une première garantie d’emprunt de 5 milliards de dollars. C’était en novembre 2012 et cette annonce avait fait bondir le Québec, qui voyait en ce soutien financier d'Ottawa une concurrence déloyale envers Hydro-Québec.

Cela n’allait pas empêcher les libéraux de Justin Trudeau d’y aller d’une garantie d'emprunt additionnelle de 2,9 milliards de dollars, un an après avoir pris le pouvoir.

David Vardy ne décolère pas : « Il n’y a aucun moyen d’éviter d’en pâtir. Il n’y aura pas de solution facile. Où est le plan? »

Tout est sur la table

Le prochain chapitre du fiasco Muskrat Falls s’annonce à la fois mystérieux, complexe et politiquement délicat.

Terre-Neuve-et-Labrador affronte la tempête parfaite : une tempête démographique, fiscale et financière. Arriver à stabiliser le navire avant qu’il ne s’échoue, sans créer la panique, est loin d’être évident.

« La pression est clairement sur nous », affirme le ministre libéral Seamus O’Regan. Par nous, il entend les sept députés fédéraux terre-neuviens dont il fait partie. Mais il précise que le premier ministre est bien au fait du dossier et qu’il en fait une priorité.

En coulisse, le travail est commencé. Dans son bureau de Saint-Jean, Seamus O’Regan pèse ses mots : « Il s’agit de conversations préliminaires, mais qui se poursuivent avec la province. »

Si le ministre se garde bien de dévoiler le contenu de ses discussions, différents scénarios circulent dans les deux capitales. Le gouvernement fédéral pourrait :

absorber graduellement les 7,9 milliards de dollars de dettes liées au projet Muskrat Falls dont il s’est porté garant;

renégocier les termes des garanties d’emprunt;

céder à Terre-Neuve-et-Labrador sa part de 8,5 % dans le lucratif champ pétrolifère Hibernia;

accroître les fonds fédéraux dans une renégociation de l’Accord atlantique.

« Tout ce que je vais dire, c’est que nous explorons une gamme d’options. Je ne vais rien exclure. »

– Seamus O’Regan, ministre libéral de Terre-Neuve-et-Labrador

La prescription se fait attendre

Un défi titanesque attend le premier ministre libéral Dwight Ball. Et c’est à se demander comment il pourra arriver à redresser les finances publiques.

Il veut atténuer la flambée des tarifs d’électricité, mais se garde bien de dire comment il compte s’y prendre. Dwight Ball promet de s’attaquer au déficit, mais il s’est déjà engagé à ne pas réduire les services à la population.

« Nous ne sommes pas en faillite, mais cela demandera beaucoup de travail, beaucoup de dévouement, beaucoup d’engagements pour traverser les 5-10 prochaines années. »

– Dwight Ball, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador

Malgré l’exploitation de son pétrole en mer, la province enregistre un déficit budgétaire de 547 millions de dollars. La province n’est pas admissible à la péréquation fédérale.

Dans l’édifice de la Confédération à Saint-Jean, le pharmacien devenu politicien, ne veut pas parler des remèdes qu’Ottawa et lui envisagent. « Nous devons d’abord créer le cadre de négociation avant de pouvoir définir les solutions », affirme le premier ministre.

Mais dans tous les cas, difficile de voir comment les contribuables canadiens n’y perdraient pas au change.

Le gouvernement marche sur des oeufs. Il doit éviter la mauvaise publicité qui pourrait nuire davantage à la confiance des investisseurs. Le premier ministre Ball cherche à dédramatiser la situation : « Nous avons de bonnes ressources naturelles, beaucoup d'entre elles sont inexploitées et renouvelables. »

Gagner du temps

Dans les deux capitales, Ottawa et Saint-Jean, le choix des mots devient important.

On préfère parler de répit plutôt que de sauvetage. On évite d’ébruiter le problème et régler la question semble l’approche privilégiée pour le moment.

L’année 2019 n’offre aucun incitatif à précipiter les choses. Le gouvernement Trudeau doit faire face à l’électorat, l’automne prochain. Celui de Terre-Neuve-et-Labrador aussi.

Ottawa joue gros. Venir à la rescousse de cette province atlantique créerait de toute évidence des mécontents dans le reste de la fédération. Une intervention d’Ottawa risquerait d’exacerber les tensions. D’autres provinces pourraient à leur tour appeler au secours.

Qui est à blâmer?

Devant la grogne populaire, une enquête publique est en cours. Elle doit faire la lumière sur les dérapages que Dwight Ball qualifie de « pire erreur financière de la province ». Mais encore là, le rapport final doit être remis le 31 décembre 2019, après les élections.

La commission a déjà reçu environ 4,4 millions de documents depuis le début de l'enquête, indique le juge Richard Leblanc.

Voici ce que la Commission d’enquête a déjà permis d’apprendre :

le risque de dépassement de coûts de 500 millions de dollars, connu de Nalcor Energy au moment de la sanction du projet, n’a jamais été rendu public;

les fonctionnaires provinciaux ont été écartés de l’examen du projet;

des réserves émises par des consultants externes ont été soustraites des rapports de Nalcor Energy remis aux décideurs publics;

les prévisions de consommation d’électricité ont été largement surestimées.

La Commission n’a toutefois pas le mandat de se pencher sur le rôle du fédéral et sur le processus ayant mené à l’attribution des 7,9 milliards de dollars en garantie de prêt des gouvernements Harper et Trudeau.

Le plan risque fort bien d’arriver une fois que le rugissement des turbines se fera entendre, après les élections. Et elles risquent d’être brutales.

Le grand choc reste à venir : le premier versement de l’hypothèque est prévu pour 2021. Un paiement de 800 millions de dollars devra alors être versé dès la première année, les autres paiements seront de plus d’un milliard de dollars pour les années subséquentes.

« Muskrat Falls est une solution à un problème que nous n’avons pas, c’est la triste et dure réalité », résume Gerry, un travailleur présent sur le chantier depuis le tout début des travaux.

Le projet énergétique de la démesure sera déjà devenu un monstre très difficile à dompter, un monstre canadien.

https://ici.radio-canada.ca/info/2019/02/muskrat-falls-terre-neuve-labrador-fiasco/

MF.jpg

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42 minutes ago, Normand Hamel said:

Les Canadiens paieront-ils pour le fiasco de Muskrat Falls?

Le projet le plus ambitieux jamais entrepris par Terre-Neuve-et-Labrador a donné lieu au plus grand échec de son histoire. Le barrage hydroélectrique de Muskrat Falls a plongé le gouvernement dans une crise financière sans précédent. Les contribuables canadiens deviendront-ils la bouée de sauvetage d’une province qui croule sous les dettes?

Marc Godbout - Radio-Canada

Par un froid mordant, des navettes déposent et récupèrent les travailleurs pour les amener jusqu’au chantier de Muskrat Falls.

La scène a lieu à une trentaine de kilomètres de la future centrale du bas du fleuve Churchill.

Électriciens, soudeurs, mécaniciens, peu importe leur métier, ils sont très conscients des dérapages du projet.

Mais dans ce milieu où tout le monde connaît tout le monde, parler publiquement devient risqué. Le taux de chômage dépasse par moments les 15 % et on ne veut surtout pas compromettre son emploi.

Certains acceptent de s’exprimer, mais sous le couvert de l’anonymat :

« C’est un bar ouvert. Personne n’est redevable, c’est comme ça depuis le début. »

« On sera vraiment chanceux si on s’en tire en bas de 15 milliards [de dollars], trop d’erreurs ont été commises, trop de travaux ont dû être refaits. On a hypothéqué l’avenir de la province. »

– Opérateur d'équipement lourd

Le mégaprojet est maintenant réalisé à 96 %. L’après-Muskrat Falls préoccupe grandement les travailleurs, puisqu’un avenir incertain attend la province.

Avant de prendre la route qui doit le mener au chantier principal, un travailleur confie ceci : « Tout le monde va finir par payer pour cette incompétence, moi, vous, c’est inévitable. »

Le bras d’honneur

Muskrat Falls devait être la réponse à l’injustice du contrat historique de Churchill Falls, la vengeance de Terre-Neuve-et-Labrador qui n’a jamais digéré l’entente de 1969.

Hydro-Québec s’était alors engagée à acheter presque toute l’électricité produite à la centrale du Labrador. Un contrat valide jusqu’en 2041 qui permet au Québec de payer un prix dérisoire et d’engranger de très forts profits en revendant cette électricité aux Américains.

L’ancien premier ministre, Danny Williams, avait juré que les Terre-Neuviens ne se laisseraient plus jamais exploiter par le Québec. Le 18 novembre 2010, il a dévoilé son grand jeu. Ce jour-là, l’ambiance était survoltée.

Au sommet de sa gloire, le très flamboyant Danny Williams a promis de léguer « le plus grand héritage » à sa province : le projet hydroélectrique Muskrat Falls. Le grand rêve de l’autonomie énergétique allait enfin pouvoir se concrétiser, affirmait l’ex-premier ministre conservateur.

« Cette journée revêt une grande importance historique pour Terre-Neuve-et-Labrador, alors que nous avançons dans le développement du projet du Bas-Churchill, selon nos propres termes et en l'absence de l'emprise géographique du Québec qui a trop longtemps déterminé le sort de la plus attrayante énergie propre en Amérique du Nord »

– Danny Williams - 18 novembre 2010

Une semaine plus tard, Danny Williams quittait la vie politique. Sans le savoir, les Terre-Neuviens allaient être entraînés dans une véritable spirale.

L’héritage de M. Williams? Muskrat Falls coûtera au moins deux fois plus cher que prévu : 12,7 milliards de dollars pour une population d’à peine 528 000 habitants.

12,7 milliards de dollars, c’est aussi le double du prix du complexe de La Romaine d’Hydro-Québec qui pourra générer deux fois plus d’énergie.

« C’est un cancer, une faillite provinciale », lance Rachel Smith. Dans un hôtel du centre-ville, le même où Danny Williams avait fait son annonce en 2010, l’employée exprime sa frustration.

Terre-Neuve-et-Labrador est maintenant prise dans un piège. Avec un endettement record de 14,7 milliards de dollars, le risque d’une insolvabilité se profile à l’horizon si rien n’est fait.

Le projet de Muskrat Falls compte désormais pour 35 % de la dette nette de la province.

Huit ans après l’annonce de M. Williams, le portrait est cruellement ironique. Muskrat Falls est maintenant destiné à produire une électricité à coût élevé dont Terre-Neuve n'a pas besoin et qu’elle pourrait même être incapable de revendre.

Pour rentabiliser ce projet hydroélectrique, il faudrait au minimum doubler les tarifs d’électricité résidentielle d'ici 2022.

Une telle décision est impopulaire et difficile à accepter dans cette province où la dette nette par habitant est la plus élevée de toutes les provinces canadiennes. Et cet écart s’agrandit.

« Je ne vois pas comment je pourrais rester ici encore longtemps, c’est trop risqué », déplore Rachel Smith. « Et croyez-moi, je ne suis pas la seule à penser ainsi. »

Dans cette province où le vieillissement de la population est le plus élevé et où le taux de natalité est le plus bas au pays, le poids financier pèse très lourd. Et dans la tête de bien des Terre-Neuviens, une solution est inévitable : un sauvetage fédéral.

« Ottawa ne peut pas nous abandonner. Notre population vieillit et diminue. Nous avons besoin de services », fait valoir Sharon Halloway, nouvellement retraitée.

Le Canada, pour le meilleur et pour le pire

Quelques mots dans un document de Nalcor Energy publié il y a 5 ans prennent tout leur sens aujourd’hui et montrent à quel point ce problème provincial devient un problème canadien.

Une phrase clé de cette société d’État qui gère les ressources énergétiques de la province et qui est maître d’oeuvre de Muskrat Falls attire l’attention.

L’entreprise souligne avec insistance que le Canada est lié à ce projet pour le meilleur et pour le pire.

« La garantie de prêt fournie par le gouvernement du Canada est une garantie de grande qualité qui procure une obligation directe, absolue, inconditionnelle et irrévocable, présente et permanente du Canada. »

– Extrait du rapport de Nalcor décembre 2013

Cet engagement d’Ottawa de se porter garant jusqu’à concurrence de 7,9 milliards de dollars des dettes terre-neuviennes liées aux projets du Bas-Churchill est coulé dans le béton.

En d’autres mots, si Nalcor manque à ses obligations, le gouvernement fédéral doit rembourser les prêteurs.

Juste le fait d’y penser, David Vardy sort de ses gonds. « En garantissant les emprunts, Ottawa a activé ce projet qui n’aurait jamais dû aller de l’avant. Il a une grande part de responsabilité dans ce désastre. »

L’ancien sous-ministre terre-neuvien, un économiste, raconte qu’il passait pour un fou quand lui et certains de ses anciens collègues émettaient de sérieux doutes sur la viabilité du projet avant même l’annonce de Danny Williams.

« C'est maintenant un problème national. Nous ne pourrons pas respecter nos obligations en matière de paiement, alors oncle Ottawa devra venir à la rescousse. »

– David Vardy, économiste

David Vardy dirige aujourd’hui une coalition de citoyens préoccupés. Il croit que les Canadiens se retrouvent aujourd’hui les mains liées parce que les motivations politiques ont pris dessus sur le gros bon sens.

Déterminé à gagner des sièges dans la province, le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait d’abord consenti à Terre-Neuve une première garantie d’emprunt de 5 milliards de dollars. C’était en novembre 2012 et cette annonce avait fait bondir le Québec, qui voyait en ce soutien financier d'Ottawa une concurrence déloyale envers Hydro-Québec.

Cela n’allait pas empêcher les libéraux de Justin Trudeau d’y aller d’une garantie d'emprunt additionnelle de 2,9 milliards de dollars, un an après avoir pris le pouvoir.

David Vardy ne décolère pas : « Il n’y a aucun moyen d’éviter d’en pâtir. Il n’y aura pas de solution facile. Où est le plan? »

Tout est sur la table

Le prochain chapitre du fiasco Muskrat Falls s’annonce à la fois mystérieux, complexe et politiquement délicat.

Terre-Neuve-et-Labrador affronte la tempête parfaite : une tempête démographique, fiscale et financière. Arriver à stabiliser le navire avant qu’il ne s’échoue, sans créer la panique, est loin d’être évident.

« La pression est clairement sur nous », affirme le ministre libéral Seamus O’Regan. Par nous, il entend les sept députés fédéraux terre-neuviens dont il fait partie. Mais il précise que le premier ministre est bien au fait du dossier et qu’il en fait une priorité.

En coulisse, le travail est commencé. Dans son bureau de Saint-Jean, Seamus O’Regan pèse ses mots : « Il s’agit de conversations préliminaires, mais qui se poursuivent avec la province. »

Si le ministre se garde bien de dévoiler le contenu de ses discussions, différents scénarios circulent dans les deux capitales. Le gouvernement fédéral pourrait :

absorber graduellement les 7,9 milliards de dollars de dettes liées au projet Muskrat Falls dont il s’est porté garant;

renégocier les termes des garanties d’emprunt;

céder à Terre-Neuve-et-Labrador sa part de 8,5 % dans le lucratif champ pétrolifère Hibernia;

accroître les fonds fédéraux dans une renégociation de l’Accord atlantique.

« Tout ce que je vais dire, c’est que nous explorons une gamme d’options. Je ne vais rien exclure. »

– Seamus O’Regan, ministre libéral de Terre-Neuve-et-Labrador

La prescription se fait attendre

Un défi titanesque attend le premier ministre libéral Dwight Ball. Et c’est à se demander comment il pourra arriver à redresser les finances publiques.

Il veut atténuer la flambée des tarifs d’électricité, mais se garde bien de dire comment il compte s’y prendre. Dwight Ball promet de s’attaquer au déficit, mais il s’est déjà engagé à ne pas réduire les services à la population.

« Nous ne sommes pas en faillite, mais cela demandera beaucoup de travail, beaucoup de dévouement, beaucoup d’engagements pour traverser les 5-10 prochaines années. »

– Dwight Ball, premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador

Malgré l’exploitation de son pétrole en mer, la province enregistre un déficit budgétaire de 547 millions de dollars. La province n’est pas admissible à la péréquation fédérale.

Dans l’édifice de la Confédération à Saint-Jean, le pharmacien devenu politicien, ne veut pas parler des remèdes qu’Ottawa et lui envisagent. « Nous devons d’abord créer le cadre de négociation avant de pouvoir définir les solutions », affirme le premier ministre.

Mais dans tous les cas, difficile de voir comment les contribuables canadiens n’y perdraient pas au change.

Le gouvernement marche sur des oeufs. Il doit éviter la mauvaise publicité qui pourrait nuire davantage à la confiance des investisseurs. Le premier ministre Ball cherche à dédramatiser la situation : « Nous avons de bonnes ressources naturelles, beaucoup d'entre elles sont inexploitées et renouvelables. »

Gagner du temps

Dans les deux capitales, Ottawa et Saint-Jean, le choix des mots devient important.

On préfère parler de répit plutôt que de sauvetage. On évite d’ébruiter le problème et régler la question semble l’approche privilégiée pour le moment.

L’année 2019 n’offre aucun incitatif à précipiter les choses. Le gouvernement Trudeau doit faire face à l’électorat, l’automne prochain. Celui de Terre-Neuve-et-Labrador aussi.

Ottawa joue gros. Venir à la rescousse de cette province atlantique créerait de toute évidence des mécontents dans le reste de la fédération. Une intervention d’Ottawa risquerait d’exacerber les tensions. D’autres provinces pourraient à leur tour appeler au secours.

Qui est à blâmer?

Devant la grogne populaire, une enquête publique est en cours. Elle doit faire la lumière sur les dérapages que Dwight Ball qualifie de « pire erreur financière de la province ». Mais encore là, le rapport final doit être remis le 31 décembre 2019, après les élections.

La commission a déjà reçu environ 4,4 millions de documents depuis le début de l'enquête, indique le juge Richard Leblanc.

Voici ce que la Commission d’enquête a déjà permis d’apprendre :

le risque de dépassement de coûts de 500 millions de dollars, connu de Nalcor Energy au moment de la sanction du projet, n’a jamais été rendu public;

les fonctionnaires provinciaux ont été écartés de l’examen du projet;

des réserves émises par des consultants externes ont été soustraites des rapports de Nalcor Energy remis aux décideurs publics;

les prévisions de consommation d’électricité ont été largement surestimées.

La Commission n’a toutefois pas le mandat de se pencher sur le rôle du fédéral et sur le processus ayant mené à l’attribution des 7,9 milliards de dollars en garantie de prêt des gouvernements Harper et Trudeau.

Le plan risque fort bien d’arriver une fois que le rugissement des turbines se fera entendre, après les élections. Et elles risquent d’être brutales.

Le grand choc reste à venir : le premier versement de l’hypothèque est prévu pour 2021. Un paiement de 800 millions de dollars devra alors être versé dès la première année, les autres paiements seront de plus d’un milliard de dollars pour les années subséquentes.

« Muskrat Falls est une solution à un problème que nous n’avons pas, c’est la triste et dure réalité », résume Gerry, un travailleur présent sur le chantier depuis le tout début des travaux.

Le projet énergétique de la démesure sera déjà devenu un monstre très difficile à dompter, un monstre canadien.

https://ici.radio-canada.ca/info/2019/02/muskrat-falls-terre-neuve-labrador-fiasco/

MF.jpg

Seems like a good time for Quebec to offer to buy Labrador from Newfoundland. Newfoundland can`t afford it and they never deserved it in the first place.  

Edited by mont royal
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24 minutes ago, mont royal said:

Seems like a good time for Quebec to offer to buy Labrador from Newfoundland. Newfoundland can`t afford it and they never deserved it in the first place.  

It's funny because NFLD's debt of 15B (think that's what I read) is quite small in absolute terms compared to other provinces. I'm no expert, but my feeling is that Quebec could absorb it without too much difficulty. The debt is only massive when put into per capita terms as NFLD's population is 530,000 and declining constantly.

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Il y a 1 heure, rufus96 a dit :

It's funny because NFLD's debt of 15B (think that's what I read) is quite small in absolute terms compared to other provinces. I'm no expert, but my feeling is that Quebec could absorb it without too much difficulty.

That figure only covers the debt for Muskrat Falls. Besides, H-Q is now completing La Romaine at half the price and twice the power of Muskrat Falls. That makes this unnecessary project four times more expensive than the latest H-Q project.

Since La Romaine is estimated to be between .06$ and .08$ per KW/hr my own estimate brings Muskrat between .28$ and .32$ per KW/hr and puts it in the category of the most expensive electricity in North America.

An interesting solution for both Hydro-Québec and Newfoundland would be for H-Q to purchase the rights for the entire Churchill Falls complex while leaving a substantial participation (say 1/3) to Newfoundland which would now be relieved of an enormous debt and be able to permanently generate some profits. For H-Q the advantage would be long term because they would no longer need to renegotiate their contract when it will expire.

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il y a 59 minutes, Normand Hamel a dit :

That figure only covers the debt for Muskrat Falls. Besides, H-Q is now completing La Romaine at half the price and twice the power of Muskrat Falls. That makes this unnecessary project four times more expensive than the latest H-Q project.

Since La Romaine is estimated to be between .06$ and .08$ per KW/hr my own estimate brings Muskrat between .28$ and .32$ per KW/hr and puts it in the category of the most expensive electricity in North America.

An interesting solution for both Hydro-Québec and Newfoundland would be for H-Q to purchase the rights for the entire Churchill Falls complex while leaving a substantial participation (say 1/3) to Newfoundland which would now be relieved of an enormous debt and be able to permanently generate some profits. For H-Q the advantage would be long term because they would no longer need to renegotiate their contract when it will expire.

Ou on pourrait acheter le Labrador au complet! Une idée comme ça..

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Si aider Terre-Neuve risquerait de causer du mécontentement au Canada, imaginez si c'était le Québec qu'on proposait d'aider comme ça...

Et qu'on ne vienne pas blâmer le Québec parce que Muskrat Falls est la réponse terre-neuvienne au "vol" de Churchill Falls, ce projet était risqué et c'est le Québec qui a prit tous les risques.  Et comme on peut le voir avec Muskrat Falls, ce n'est pas si facile que ça que de faire correctement un projet de cette envergure...

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il y a une heure, ToxiK a dit :

ce projet était risqué et c'est le Québec qui a prit tous les risques.

Tu fais bien de le mentionner car il s'agit d'un point très important que plusieurs personnes ne semblent pas comprendre. En fait la direction de H-Q n'était pas très chaude à l'idée de développer le Labrador, principalement à cause des prix de l'énergie à cette époque. De plus le complexe Manic était en cours de réalisation.

En fait c'est surtout Terre-Neuve qui poussait pour que l'on aille de l'avant avec ce projet et qui avait non seulement besoin de l'expertise d'Hydro-Québec mais aussi d'une garantie financière que seule H-Q pouvait assumer.

C'était bien avant la crise du pétrole et c'est l'époque où l'on commençait à développer le nucléaire en Ontario, aux États-Unis et en Europe. On disait alors que l'électricité produite par le nucléaire serait si peu chère que l'on n'aurait même pas besoin de compteurs. Voici ce que en 1954 disait Lewis Strauss, alors président du conseil de la United States Atomic Energy Commission:

"Our children will enjoy in their homes electrical energy too cheap to meter... It is not too much to expect that our children will know of great periodic regional famines in the world only as matters of history, will travel effortlessly over the seas and under them and through the air with a minimum of danger and at great speeds, and will experience a lifespan far longer than ours, as disease yields and man comes to understand what causes him to age."

C'est pourquoi aujourd'hui on pourrait dire la même chose du prix que paye Hydro-Québec pour l'électricité du Labrador: too cheap to meter!

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"Les Canadiens paieront-ils...?"  --La réponse courte est: certainement.  Pourquoi et combien?  --Voir des éléments de réponses ci-dessous.

- Pourquoi? -- Parce que l'écart  entre les coûts du projet et les revenus qu'on peut en attendre est trop grand, ET que le Gouvernement fédéral a fourni des garanties de prêt (5 milliards sous Harper et 2,9 milliards supplémentaires sous Trudeau).

- Combien? -- C'est difficile à établir à ce stade, pour quelques raisons, dont:

   - On ne connait pas encore le coût total du projet.

   - J'envisage la possibilité que même si "Ottawa" (alias tous les Canadiens) consentait à effacer entièrement le montant de l'emprunt qu'il a garanti, le solde serait encore trop lourd à porter pour les Terre-Neuviens  --en d'autres mots de l'aide supplémentaire serait requise, sous peine d'entraîner cette province à la faillite, ce qui est par ailleurs impensable (sérieusement).

   - Des ententes avec des clients potentiels  pourraient alléger le fardeau apparent.  Malheureusement, l'état actuel et prévisible du marché nord-américain de l'énergie électrique réduit la marge de manoeuvre de ce côté.  Personne ne consentira librement à payer plus cher pour sauver le projet.

   -  Le point suivant est un commentaire sur  (ci-dessous)

Il y a 10 heures, Normand Hamel a dit :

An interesting solution for both Hydro-Québec and Newfoundland would be for H-Q to purchase the rights for the entire Churchill Falls complex while leaving a substantial participation (say 1/3) to Newfoundland which would now be relieved of an enormous debt and be able to permanently generate some profits. For H-Q the advantage would be long term because they would no longer need to renegotiate their contract when it will expire.

   Interesting?  --Let's say worth considering.  Politically, it appears highly problematic.  Economically,  it would depend "if the price is right".  At this point, someone has to envision the conditions that will likely be prevailing in (the year) 2041, when the current contract is set to expire.  Of course, conditions include market conditions.  But not only.  The negotiating powers of the two parties will also be at play.  On the one hand, it is absolutely clear that should HQ decide not to renew the contract (and  thus be deprived of Churchill Falls' power), the cost of alternative sources (eg. new dams/generating stations within Quebec) will be far higher (and even well above the current average cost).  On the other hand, a question arises as to whether NFL could have alternative markets, and by which means the power could be delivered (eg. an underwater cable to mainland Nova Scotia, or a "forced" opening of HQ's transmission lines). Thirdly, what you suggest, if everything goes well, still raises a financial  issue:  gains from the transaction would only emerge starting in 2041, while costs  (related to the acquisition) would begin immediately: accounting means must be found to isolate this impact from the regular operating results upon which rating agencies rely.  All in all, I doubt very much that negotiations, let alone a signed agreement along the lines you suggest,  could be achieved before  a major crisis over Muskrat Falls financing erupts early in 2020.  Whoever wins the federal elections next fall will have no choice but to intervene.  

Conclusion:  Ottawa interviendra, et versera au besoin les premiers paiements dus.  Ça laissera du temps pour trouver des arragements plus permanents.  Ce n'est pas drôle, mais il n'y a pas de raison de s'alarmer  --les montants en cause ne mettront pas le Canada en faillite.  Ça pourra toutefois servir de leçon quand des promoteurs peu sérieux (fussent-ils eux-mêmes des politiciens)  sollicitent des garanties de prêt qui transmettent la plus grande part du risque sur le dos des Citoyens. 

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