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Façadisme


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Chronique de Mario Girard sur le façadisme

https://www.lapresse.ca/actualites/202002/14/01-5261047-sauver-les-apparences.php

Sauver les apparences

On rase le tout ? Ça, c’est la blague usée que me sert ma coiffeuse chaque fois que je la vois. On rase le tout ? C’est aussi la question qu’on pose quand on s’attaque à un projet immobilier qui implique des bâtiments anciens ou patrimoniaux.

Publié le 15 février 2020 à 6h00
MARIO GIRARD
LA PRESSE

Parfois on rase, parfois on conserve, mais très souvent on fait du façadisme, c’est-à-dire que l’on conserve la façade du bâtiment afin de pouvoir jouir à sa guise du reste de l’espace.

Décrié et dénigré par ceux qui défendent la valeur patrimoniale de nos monuments et bâtiments, le façadisme est devenu un moyen facile et souvent fallacieux de sauver les apparences.

Le dernier exemple nous vient d’un projet piloté par le Groupe Canvar, qui souhaite transformer des immeubles situés dans un quadrilatère historique de Montréal en un complexe de 290 logements. Les responsables du projet promettent de conserver certaines façades (du 2105 au 2137 de la rue De Bleury) pour ériger leur complexe. 

Après la réunion du conseil d’arrondissement de Ville-Marie, tenue le 11 février dernier, la mairesse Valérie Plante a dit que son administration prenait « un moment de recul » pour réfléchir à ce projet. Bonne décision.

En entrevue avec ma collègue Sara Champagne, Dinu Bumbaru, directeur des politiques de l’organisme de défense Héritage Montréal a eu ces mots colorés pour qualifier l’opération : « C’est du canyon avec de la pelure de patrimoine en spray. » Et v’lan !

« C’est sûr que c’est du trouble de composer avec le patrimoine », m’a dit Philippe Lupien, architecte, architecte-paysagiste et directeur du programme de premier cycle en design de l’environnement à l’UQAM. « C’est du trouble pour le client, pour l’architecte, pour la ville, pour tout le monde. Mais c’est pour ça qu’on est là, pour se donner du trouble. »

Même si on parle depuis des années du façadisme, le nombre d’exemples malheureux ne cesse d’augmenter au Québec. Il suffit de lever les yeux. Chaque fois que je longe l’édifice du carré Saint-Laurent (Saint-Laurent, Sainte-Catherine et Clark), je ne peux m’empêcher de poser un regard trouble sur l’opération de façadisme qui a été réalisée du côté du boulevard Saint-Laurent.

Ceux qui ont réalisé le projet (la Société de développement Angus et le cabinet d’architectes Provencher_Roy) ont reçu comme mandat d’intégrer certaines façades provenant d’immeubles qui étaient situés au nord du Monument-National.

Malgré le mauvais état d’une bonne partie des pierres, le ministère de la Culture a quand même insisté pour que les promoteurs en fassent une bonne utilisation. Le résultat rend perplexe. Je n’appelle pas cela du façadisme. Nous sommes plutôt ici à Las Vegas.

Cette « disneysation » du patrimoine s’étend maintenant aux églises. Le dernier truc qu’on a trouvé pour « rappeler » la présence de notre patrimoine religieux est de conserver les clochers. On a fait cela lors de la construction du CHUM avec l’église Saint-Sauveur (angle Viger et Saint-Denis).

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PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE
Le clocher de l'église Saint-Sauveur a été conservé lors de la construction du CHUM.

Au rythme où l’on abandonne les églises au Québec, on n’a pas fini de voir des clochers tronçonnés et plaqués au ras le sol. « Le façadisme, c’est un peu comme acheter des indulgences », m’a confié Philippe Lupien. Voilà une expression qui prend tout son sens ici.

Il faut toutefois faire attention avant de jeter la première pierre aux architectes, aux clients et aux promoteurs des projets immobiliers. Ceux-ci se retrouvent parfois pris dans un étau. Entre la volonté de préserver le patrimoine et l’obligation de faire de l’acharnement thérapeutique, les choix ne sont pas toujours faciles à faire.

En fait, il faut voir le façadisme comme une conséquence de notre irresponsabilité à l’égard du patrimoine. « On oublie de se poser des questions qui auraient dû être posées en amont », m’a dit Renée Genest, directrice générale de l’organisme Action patrimoine. « Pourquoi laisse-t-on autant de bâtiments à l’abandon ? Pourquoi ne sommes-nous pas capables d’assurer la préservation avant qu’on arrive à l’étape du façadisme ? C’est ça qu’il faut se demander collectivement. »

Philippe Lupien partage ce point de vue. « Si on se rend à l’étape du façadisme, c’est que le projet est passé au bureau des permis, devant des comités consultatifs d’urbanisme, devant divers comités qui ont donné carte blanche aux concepteurs. Les architectes sont pris entre l’arbre et l’écorce. La marge de manœuvre de l’architecte est souvent mince. »

Je ne suis pas en train de vous dire qu’il faut tout conserver et empêcher de nouveaux projets de voir le jour. Mais je pense qu’il faut être très vigilant et que les autorisations de façadisme doivent se donner au compte-gouttes.

« Ce n’est pas vrai qu’on préserve le patrimoine en faisant ça, ajoute Renée Genest. Le façadisme, ce n’est pas juste la responsabilité des villes, des promoteurs et des architectes. Il faut aussi que la population apprenne à s’opposer aux projets qui ne nous conviennent pas. »

Avez-vous déjà vécu l’expérience d’être sur une scène de théâtre et de marcher derrière le décor ? C’est un truc saisissant. Décevant. Désillusionnant.

Cette traversée du vide et du faux, c’est ce qui nous attend si on laisse notre patrimoine devenir un vulgaire panneau de décor.

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  • 1 year later...

 Des façades qui cachent une négligence patrimoniale

Caroline Montpetit

Article paru dans Le Devoir,2021-11-30

Le façadisme, cette pratique qui consiste à garder uniquement la façade d’un immeuble patrimonial pour construire un bâtiment neuf derrière, est de plus en plus répandu à Montréal. Or, ça n’est pas une bonne pratique de conservation patrimoniale, dénonce un rapport du Conseil du patrimoine de Montréal (CPM), déposé il y a quelques jours.

http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/cons_pat_mtl_fr/media/documents/cpm_rapport_facadisme.pdf

« En effet, c’est en train de devenir une habitude plutôt qu’une exception », dit Peter Jacobs, président de l’organisme.

Déjà, dans les années 1970, lors de la construction de l’UQAM, on avait démoli l’église Saint-Jacques pour n’en garder que le clocher en l’intégrant au nouvel édifice.

Mais les exemples se multiplient aujourd’hui. En entrevue avec Le Devoir, Peter Jacobs cite le cas de la station de pompage Craig, située au pied du pont Jacques-Cartier. « Ils n’ont gardé que la façade, mais c’était tellement détérioré et entouré d’autoroutes. Il reste un bout de fondation et de cheminée », dit-il. Il cite aussi l’exemple du Bain Hushion, rue des Seigneurs, dont on n’a conservé que la façade, et qu’on transforme pour en faire un centre pour les femmes autochtones.

En fait, le façadisme cache souvent la densification urbaine, favorisée par le plan d’urbanisme et par la spéculation foncière, notamment dans le centre-ville de Montréal.

Il y a, peut-on lire dans le rapport, des « contradictions entre certains critères de développement indiqués au Plan d’urbanisme et la conservation du patrimoine. Les hauteurs et densités élevées permises, en particulier dans certaines zones du centre-ville, exercent une énorme pression immobilière sur les bâtiments patrimoniaux de petit gabarit et incitent à leur démolition, voire à la conservation et l’intégration de leur façade à une nouvelle construction ».

Laisser à l’abandon

Pire, le Conseil du patrimoine dénonce la « stratégie » de laisser les bâtiments à l’abandon pour ensuite être obligés de les raser compte tenu de leur état.

« La vacance et le manque d’entretien d’immeubles patrimoniaux rendent souvent leur démolition presque inévitable en raison de leur mauvais état. Avant de se rendre à de telles situations […], il importe d’agir en amont et de prévenir l’inoccupation et le manque d’entretien des bâtiments patrimoniaux », lit-on dans le document.

Cette attitude est répandue tant dans le secteur institutionnel que dans le secteur privé, ajoute M. Jacobs. Mais le rapport n’est pas tendre envers la Ville de Montréal, qui devrait avoir un rôle exemplaire dans ce domaine.

« Il est par contre difficile d’exiger des propriétaires privés un comportement que la Ville peine à mettre elle-même en œuvre, car malgré son intention d’être un propriétaire et un gestionnaire exemplaires de ses bâtiments patrimoniaux, elle fait malheureusement piètre figure. Le CPM est d’avis que les organismes publics en particulier devraient donner l’exemple en ce qui concerne l’entretien de leurs bâtiments patrimoniaux », lit-on.

Surtout concentré dans le centre-ville de Montréal, le phénomène du façadisme commence à se répandre dans d’autres quartiers.

« Si par le passé, l’enjeu de la densification touchait surtout le centre-ville, il s’étend maintenant aux quartiers résidentiels. Notons l’exemple des maisons de type “shoebox”, qui soulèvent des inquiétudes à la suite de plusieurs démolitions », écrivent les auteurs du rapport.

Enfin, selon le rapport, le zonage encourage, parfois indirectement, la présence massive d’immeubles de bureaux ou de tours à condos au centre-ville, au détriment d’autres affectations plus appropriées à la nature des bâtiments patrimoniaux existants.

Les lacunes en matière de conservation du patrimoine sont généralisées à tous les ordres de gouvernement, dit M. Jacobs. C’est ainsi que plusieurs immeubles patrimoniaux ont tout simplement disparu du paysage.

« Il y a une perte importante de patrimoine et il faut que ce soit stoppé », dit-il.

Lundi, personne n’était disponible à la Ville de Montréal pour commenter le rapport du Conseil.

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Il y a 5 heures, daniel_88 a dit :

Des façades qui cachent une négligence patrimoniale

Caroline Montpetit

Article paru dans Le Devoir,2021-11-30

Le façadisme, cette pratique qui consiste à garder uniquement la façade d’un immeuble patrimonial pour construire un bâtiment neuf derrière, est de plus en plus répandu à Montréal. Or, ça n’est pas une bonne pratique de conservation patrimoniale, dénonce un rapport du Conseil du patrimoine de Montréal (CPM), déposé il y a quelques jours.

http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/page/cons_pat_mtl_fr/media/documents/cpm_rapport_facadisme.pdf

(extrait du texte entier cité par @daniel_88)

Comme je suis depuis longtemps préoccupé par la pratique du façadisme, je suis très heureux de voir apparaître cet article.  Peut-être pour la première fois, une relation étroite (directe)   est établie entre cette pratique et le zonage, particulièrement au centre-ville.  Je ne me considère pas comme étant un défenseur inconditionnel du patrimoine bâti; disons que je suis plus "sélectif".  Quand un bâtiment ou encore mieux un ensemble de bâtiments ont une valeur patrimoniale incontestable (ce n'est pas à moi d'en juger), j'accorde aussi beaucoup d'importance aux environs immédiats.  Des contrastes saisissants entre l'ancien et le nouveau sont parfois possibles, mais cela ne va pas de soi.

Parlons donc spécifiquement du façadisme.  Dans ce cas, il ne s'agit pas de préserver un bâtiment "patrimonial", mais seulement d'en conserver un souvenir ou un rappel.  Personne n'est dupe.  Il y a des cas où le bâtiment ancien n'est tout simplement pas récupérable, à cause de sa très mauvaise condition; un choix se présente entre l'unique consolidation/ restauration de la façade, accompagnée de l'érection d'un bâtiment moderne derrièere (et parfois aussi au-dessus), ou de la démolition pure et simple de la totalité de l'ancien.  Pourquoi choisir la première option?  -- Peut-être si la façade ancienne est vraiment exceptionnelle et impossible à reproduire aujourd'hui.  Mais s'il ne s'agit que de rappeller des temps anciens d'une facture somme toute quelconque, je "n'aime pas" (une appréciation évidemment subjective).  On obtient un mélange des genres, on se conte des histoires, on prétend préserver un pan du passé qui n'en valait pas la peine, et on se prive de l'atmosphère résolument moderne d'un nouveau quartier.

Retour sur la relation directe entre le zonage et le façadisme: cela appelle un sérieux examen de conscience de la part de ceux qui veulent préserver le patrimoine mais qui ne portent pas suffisamment d'attention au zonage.  Ils ont à faire un choix.  D'hypothétiques réductions des hauteurs permises (et autres restrictions) porteraient atteinte aux droits acquis des propriétaires,  ouvrant la porte à des demandes de compensation coûteuses.  On ne pourrait pas généraliser de telles restrictions additionnelles, il faudrait les réserver à quelques cas vraiment exceptionnels.  Pour les autres cas (où les hauteurs permises sont bien supérieures à celles des actuels bâtiments occupant ces sites), je remets en question l'exigence d'en conserver des reliques: pas de façadisme, du neuf décomplexé. 

Autre point important.  Il faudrait réduire la pression excercée sur le périmètre trop restreint du centre-ville.  La demande pour des espaces (essentiellement résidentiels présentement) au coeur de la ville doit pouvoir être satisfaite --d'une façon ou d'une autre.  En général, les hauteurs permises à courte distance du centre-ville devraient être rehaussées significativement; 7-8 étages m'apparaissent bien insuffisants.           

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  • 2 months later...
On 2021-11-30 at 5:00 PM, Né entre les rapides said:

(extrait du texte entier cité par @daniel_88)

Comme je suis depuis longtemps préoccupé par la pratique du façadisme, je suis très heureux de voir apparaître cet article.  Peut-être pour la première fois, une relation étroite (directe)   est établie entre cette pratique et le zonage, particulièrement au centre-ville.  Je ne me considère pas comme étant un défenseur inconditionnel du patrimoine bâti; disons que je suis plus "sélectif".  Quand un bâtiment ou encore mieux un ensemble de bâtiments ont une valeur patrimoniale incontestable (ce n'est pas à moi d'en juger), j'accorde aussi beaucoup d'importance aux environs immédiats.  Des contrastes saisissants entre l'ancien et le nouveau sont parfois possibles, mais cela ne va pas de soi.

Parlons donc spécifiquement du façadisme.  Dans ce cas, il ne s'agit pas de préserver un bâtiment "patrimonial", mais seulement d'en conserver un souvenir ou un rappel.  Personne n'est dupe.  Il y a des cas où le bâtiment ancien n'est tout simplement pas récupérable, à cause de sa très mauvaise condition; un choix se présente entre l'unique consolidation/ restauration de la façade, accompagnée de l'érection d'un bâtiment moderne derrièere (et parfois aussi au-dessus), ou de la démolition pure et simple de la totalité de l'ancien.  Pourquoi choisir la première option?  -- Peut-être si la façade ancienne est vraiment exceptionnelle et impossible à reproduire aujourd'hui.  Mais s'il ne s'agit que de rappeller des temps anciens d'une facture somme toute quelconque, je "n'aime pas" (une appréciation évidemment subjective).  On obtient un mélange des genres, on se conte des histoires, on prétend préserver un pan du passé qui n'en valait pas la peine, et on se prive de l'atmosphère résolument moderne d'un nouveau quartier.

Retour sur la relation directe entre le zonage et le façadisme: cela appelle un sérieux examen de conscience de la part de ceux qui veulent préserver le patrimoine mais qui ne portent pas suffisamment d'attention au zonage.  Ils ont à faire un choix.  D'hypothétiques réductions des hauteurs permises (et autres restrictions) porteraient atteinte aux droits acquis des propriétaires,  ouvrant la porte à des demandes de compensation coûteuses.  On ne pourrait pas généraliser de telles restrictions additionnelles, il faudrait les réserver à quelques cas vraiment exceptionnels.  Pour les autres cas (où les hauteurs permises sont bien supérieures à celles des actuels bâtiments occupant ces sites), je remets en question l'exigence d'en conserver des reliques: pas de façadisme, du neuf décomplexé. 

Autre point important.  Il faudrait réduire la pression excercée sur le périmètre trop restreint du centre-ville.  La demande pour des espaces (essentiellement résidentiels présentement) au coeur de la ville doit pouvoir être satisfaite --d'une façon ou d'une autre.  En général, les hauteurs permises à courte distance du centre-ville devraient être rehaussées significativement; 7-8 étages m'apparaissent bien insuffisants.           

Le façadisme malgré être qu'une imitation est un compromis parfois acceptable. La façon que tu décris les choses j'ai l'impression que seulement une selection de batiments les plus patrimoniaux devraient être conservés. Quand on pense au centre ville ça fait très peu concidérant nos pratiques courantes. Les maisons victoriennes n'ont jusqu'à récement reçu aucune protection. Le façadisme est une façon de conserver le peu qui nous reste sans briser le contract avec les propriétaires de terrain. Je n'aime pas bcp cette pratique pour protéger le patrimoine, mais c'est un mal necessaire.

J'aime aussi voir le contraste que ces maisons offrent. Le mélange des genres apporte une diversité et est moins ennuyeux. Ça permet aussi de s'imaginer comment la ville était avant. C'est un rappel du changement qu'on a fait face et de la riche histoire de la ville. On ne perd rien à faire du façadisme apart peut être "l'atmosphère moderne". 

Le ton de ton argument me fait croire que tu nésiterais pas à raser le reste des maisons non classés du centre ville pour en finir avec. Bon chacun a ses gouts, mais j'ai l'impression qu'il exite un mépris envers le patrimoine bati. Je trouve ça curieux qu'après tout ce qu'on a déja perdu on me cautionne pas plus la prudence.

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