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Montréal : engagement carboneutre

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Montréal

Engagement carboneutre

 

D’ici 2030, tous les nouveaux bâtiments construits à Montréal devront être carboneutres, selon une déclaration à laquelle la Ville vient d’adhérer. Un vaste chantier rempli de défis s’amorce. 

Sylvie Lemieux

La Ville de Montréal veut accélérer la cadence dans sa lutte contre les changements climatiques. Elle entend multiplier les projets pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 80 % d’ici 2050, un engagement pris en marge de la COP 21. Se doter de bâtiments à haute performance énergétique fait partie des solutions envisagées. Membre du regroupement des villes C40 (voir ci-dessous), Montréal a annoncé en septembre dernier avoir signé la déclaration Net Zero Carbon Buildings, comme 18 autres grandes métropoles, telles que Paris, Los Angeles, New York, Toronto et Stockholm. Elle s’est ainsi engagée à ce que tous les nouveaux bâtiments construits sur son territoire soient « net zéro carbone » d’ici à 2030, de même que tous ses bâtiments municipaux existants. L’objectif ultime est qu’en 2050, l’ensemble des bâtiments montréalais atteigne ce standard.

Pour répondre à cette désignation, un bâtiment doit produire annuellement autant sinon plus d’énergie qu’il en consomme grâce à des équipements qui sont moins énergivores ou  qui permettent la production d’énergie renouve-lable sur place (comme les panneaux photovoltaïques).

« L’engagement est audacieux, mais réalisable », affirme Jean-François Parenteau, membre du comité exécutif et responsable de l’environnement et du développement durable à la Ville de Montréal. Avec son équipe, il s’attelle à la préparation d’un plan d’action qui devrait être livré d’ici 2020. Parmi les premières mesures à mettre en place, il y aura des modifications à la réglementation municipale en matière de construction pour améliorer la performance énergétique des bâtiments. Une mise à jour nécessaire considérant que la dernière remonte aux années 1980.

« Il faut se doter de normes plus serrées comme d’autres villes l’ont fait dans le monde, ajoute Jean-François Parenteau. Il faudra aussi harmoniser la réglementation dans l’ensemble du territoire. » Par exemple, certains arrondissements comme Ville-Marie et Saint-Laurent permettent la construction de toits végétalisés, qui contribuent à la fois à réduire les GES et les pertes énergétiques, mais ce n’est pas le cas partout. Le plan d’action prévoira également des mesures de contrôle et une reddition de comptes en ce qui a trait à la performance énergétique des bâtiments, ainsi que du soutien aux différents acteurs de l’industrie dans cette transformation.

Au cours des prochains mois, les moyens à prendre pour atteindre l’objectif de 2030 feront l’objet d’une vaste consultation auprès des acteurs du domaine de la construction (architectes, ingénieurs, entrepreneurs généraux, etc.). « Des solutions existent, soutient Jean-François Parenteau, qui cite en exemples les panneaux solaires et certains systèmes d’économie d’eau. Il faut juste les connaître. Ce qui nous manque, c’est une masse critique de projets pour accélérer la transition. »

Il était temps

Malgré le défi qu’il représente, ce virage s’effectue dans la bonne direction, selon Julie-Anne Chayer, présidente du Conseil du bâtiment durable du Canada (CBDCa), section Québec. « Les Européens sont en avance dans ce domaine. Ils ont rapidement modifié leur réglementation pour construire plus vert. Ce sont souvent les villes qui ont amorcé le mouvement », explique-t-elle.

Il y aura toutefois une mentalité à changer. « En l’absence d’obligation, trop souvent, on choisit de construire le moins cher possible, ce qui peut entraîner des dépenses d’entretien importantes. C’est un bon calcul d’investir un plus gros capital dans la construction pour économiser sur le coût de l’entretien à long terme. Sans parler de l’impact positif pour l’environnement », affirme Marie-France Bélec, architecte et chargée de projet senior chez WSP. Le surcoût pour l’ensemble des mesures écoénergétiques varie de 10 à 20 %, selon les experts interviewés.

« Construire des bâtiments à consommation énergétique nette zéro, c’est moins une question de coût que de pratique. Il faut faire les choses différemment et travailler davantage dans le cadre d’un processus intégré », explique Paul-Antoine Troxler, directeur, Éducation et recherche au CBDCa. L’organisme prépare d’ailleurs de la formation sur les normes carboneutres qui sera offerte dès le début de 2019 (voir « Certification BCZ : La chasse au carbone est ouverte ».

Ce type de constructions pose en effet certains défis de conception, selon Maryse Laberge, associée de la firme BBBL architectes. C’est elle qui a élaboré les plans du premier bâtiment institutionnel à énergie nette zéro à Montréal, le pavillon d’accueil du parcours Gouin, un parc qui met en valeur les berges de la rivière des Prairies, dans Ahuntsic-Cartierville. Dans son travail de conception, elle a apporté un soin particulier à l’enveloppe thermique, qui se devait d’être ultraperformante (voir « Pavillon d’accueil du parcours Gouin : La vertu en cadeau », Esquisses, vol. 28, no 1, printemps 2017). « Il a aussi fallu adapter les techniques de construction pour éviter les ponts thermiques », illustre-t-elle.

Inauguré en juin 2017, ce pavillon est encore en période de rodage, une étape qui peut s’étaler sur deux ans. Selon l’ingénieur Martin Roy, spécialiste de la construction durable et président de la firme qui porte son nom, les bâtiments à consommation énergétique nulle exigent un suivi rigoureux visant à assurer qu’ils sont à la hauteur de la performance attendue. Un système d’éclairage intelligent mal programmé, par exemple, peut faire grimper la consommation énergétique. « Il faut parfois peu de choses pour qu’un bâtiment ne soit plus net zéro », dit-il.

Jean-François Parenteau est bien conscient de l’ampleur du chantier qui s’amorce. « Il nous faut mobiliser les différents acteurs envers le développement durable et la lutte aux changements climatiques, affirme-t-il. Il n’y a pas que dans le domaine du bâtiment que des actions seront posées. Nous allons aussi agir en matière de transport et de gestion des matières résiduelles. » Bref, un dossier à suivre.

 

Le C40, c’est quoi ?

Créé en 2005 par Ken Livingstone, alors maire de Londres, le C40 est un réseau mondial de grandes villes qui s’efforcent de réduire les émissions de gaz à effet de serre, que ce soit en matière de transport, d’efficacité énergétique des bâtiments ou de gestion des déchets. Le C40 regroupe plus de 90 métropoles, dont Paris, New York, Vancouver, Moscou, Rome, Le Caire et Melbourne. Montréal y a adhéré en 2016.

https://www.oaq.com/esquisses/culture_architecturale/actualites/montreal.html?fbclid=IwAR3LhYSrb--mklotyOp-ct9jeaMk23lqQlRNRPXOzesVE5foCjq37oEazdI

 

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