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Compteurs d'eau: le vérificateur enquêtera

 

Jeanne Corriveau

Édition du mardi 07 avril 2009

 

L'administration Tremblay veut savoir si Montréal paye trop cher

 

Incapable d'étouffer la controverse entourant les compteurs d'eau, le maire Gérald Tremblay a décidé de confier le dossier au vérificateur général de la Ville afin qu'il examine le processus ayant mené à l'octroi du contrat de 355 millions de dollars au consortium Génieau. Il dit souhaiter que la lumière soit faite sur les allégations d'irrégularités soulevées récemment.

 

La Ville de Montréal a-t-elle payé trop cher l'installation des compteurs d'eau dans les entreprises et les institutions? Les règles d'octroi du contrat ont-elles été respectées? Ce sont des questions sur lesquelles le vérificateur général pourra se pencher.

 

Interpellé sur la question des compteurs d'eau à l'occasion d'une conférence de presse sur les infrastructures tenue en compagnie du premier ministre Jean Charest hier après-midi, le maire Tremblay a fait savoir qu'il ferait appel au vérificateur général.

 

Dans son édition de samedi, La Presse rapportait les propos du directeur général de la firme Master Meter Canada Inc., Jean-Claude Lauret, qui soutenait que ce contrat aurait dû coûter autour de 200 millions, soit 155 millions de moins que le prix obtenu par la Ville. Montréal paiera 355 millions pour l'installation et l'entretien de 32 000 compteurs d'eau pendant 15 ans et pour la construction d'un système de contrôle dans son réseau de distribution. De son côté, Toronto installera 72 000 compteurs pour la somme de 219 millions.

 

Le maire Tremblay a indiqué que tous les détails du dossier seraient transmis au vérificateur général. «Lorsque je serai en possession de toute cette information, j'ai l'intention de la remettre au vérificateur général pour qu'il fasse les vérifications nécessaires. Il a le plein pouvoir pour le faire», a-t-il dit.

 

«On a la responsabilité comme gestionnaire responsable et imputable de faire la lumière sur des allégations d'irrégularités ou encore sur des allégations selon lesquelles il y aurait eu un écart de 155 millions de dollars, a-t-il poursuivi. Nous allons le faire dans les plus brefs délais.»

 

Le cas Zampino

 

Ce sera au vérificateur de déterminer quels éléments il souhaite examiner, car, outre les coûts du projet et les procédures d'octroi du contrat, le dossier des compteurs d'eau soulève des questions sur la conduite de Frank Zampino, ex-président du comité exécutif, et sur une apparence de conflit d'intérêts. Rappelons qu'à deux reprises, M. Zampino a effectué un voyage sur le bateau de l'un des soumissionnaires et ami de longue date, Tony Accurso. Son premier voyage remonte à janvier 2007, soit quelques semaines après la qualification des soumissionnaires et avant que la Ville n'arrête son choix sur le consortium Génieau formé des entreprises Simard-Beaudry, propriété de Tony Accurso, et Dessau, qui a embauché Frank Zampino en 2008.

 

Au cabinet du maire, on indique toutefois que les pouvoirs du vérificateur général se limitent à l'examen de la conformité aux lois, aux règlements, aux politiques et aux directives en vigueur. Ce sera donc au vérificateur de juger s'il est en mesure de se prononcer sur un possible conflit d'intérêts dans ce dossier.

 

En fin d'après-midi, à l'hôtel de ville, le directeur adjoint du Service des transports, des infrastructures et de l'environnement, Gilles Robillard, a tenté de démontrer que le coût du contrat accordé à Génieau n'était pas prohibitif.

 

Avant de lancer le processus d'octroi de contrat, le bureau de projet de la Ville s'est associé à la firme BPR pour faire une évaluation préliminaire des coûts à la lumière de données provenant de fournisseurs de compteurs d'eau et d'entrepreneurs en construction. Pour le premier volet du projet, soit l'installation de 32 000 compteurs d'eau, cette évaluation s'élevait à 106,8 millions, alors que pour la construction des chambres de vannes, l'estimation se chiffrait à 214 millions. C'est ainsi qu'une soumission témoin a pu être élaborée. Or, l'écart entre la soumission retenue et cette soumission témoin n'est que de 2 %, a précisé M. Robillard.

 

Quant aux comparaisons établies avec Toronto, M. Robillard a soutenu que le contrat consenti par Montréal était beaucoup plus complexe. À Toronto, il s'agit essentiellement de remplacer 72 000 compteurs qui sont déjà installés, a-t-il soutenu, alors qu'à Montréal, on installe 32 000 compteurs dans des entreprises et institutions qui n'en sont pas dotées à l'heure actuelle. «Dans notre cas, il y a des mesures d'accompagnement auprès des propriétaires, la mise en place d'un système d'information, un suivi qu'il faudra faire sur une période de 25 ans en plus de l'installation des compteurs. On est relativement confiants que les données de Toronto et celles de Montréal sont similaires et que le prix obtenu correspond au marché», a-t-il expliqué. Ainsi, chaque compteur installé à Montréal coûtera 3337 $ alors qu'à Toronto, le montant s'élève à 3041 $, a-t-il précisé.

 

Trois firmes avaient soumissionné ce contrat, le plus important jamais octroyé par la Ville, soit Génieau, Catania Groupe SM, à 395 millions, et le consortium réunissant SNC-Lavalin, Suez Environnement et Gaz Métro, qui a finalement retiré sa proposition, alléguant que les délais imposés pour déposer une soumission étaient trop serrés.

 

La tourmente entourant l'octroi du contrat à Génieau a par ailleurs relancé le débat sur l'éthique à l'Hôtel de Ville. Comme aucun code d'éthique n'a été entériné par le conseil municipal, les élus montréalais doivent, à l'instar de leurs collègues des autres villes du Québec, se soumettre aux dispositions de la Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités et à celles de la Loi sur les cités et villes. La semaine dernière, le chef de l'opposition, Benoit Labonté, avait réclamé que la Ville se dote d'un commissaire à l'éthique et qu'elle adopte un code de conduite contraignant pour ses élus.

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Publié le 09 avril 2009 à 06h08 | Mis à jour à 06h10

 

L'incompétence crasse

 

Yves Boisvert

La Presse

 

C'est la première fois que je me félicite d'une de mes erreurs. Car cette erreur a permis de faire éclater au grand jour l'incompétence crasse de la Ville de Montréal dans le dossier des compteurs d'eau.

 

Ce n'est pas rassurant, mesdames et messieurs. Il y a deux semaines, Gérald Tremblay ne savait pas que l'ex-président du comité exécutif, Frank Zampino, copinait avec l'entrepreneur Tony Accurso. Lundi, il ne savait pas qu'il payait trop cher pour ses compteurs. Et hier, il suspendait tout le projet. Qu'est-ce qui nous attend la semaine prochaine?

 

Je reviens à mon erreur et à ce qu'elle a permis d'illustrer magistralement, même si c'est par accident.

 

Lundi, j'écrivais que la Ville de Toronto s'apprête à octroyer un contrat de 219 millions pour l'installation de 72 000 nouveaux compteurs d'eau.

 

Or, c'est 465 000 compteurs qui seront installés à Toronto... en commençant par les 72 000 adresses qui n'ont pas encore de compteur! Car en effet, la plupart des résidences et commerces de Toronto sont déjà équipés de compteurs. Mais les adresses qui en ont déjà auront aussi un nouveau compteur. D'où mon erreur.

 

Pendant ce temps, on installe à Montréal 32 000 compteurs, mais uniquement dans les industries, les institutions et les commerces. Le consortium GÉNIeau, qui a obtenu un contrat global de gestion de l'eau pour 355 millions, facture à la Ville 107 millions pour cette partie du contrat.

 

Dans ma chronique de lundi, je citais l'opinion de l'expert en compteurs Jean-Claude Lauret, selon qui la Ville paie beaucoup trop cher pour les compteurs et pour tout le reste.

 

Depuis deux semaines, le malaise est énorme à l'hôtel de ville. On apprend pour les tours de bateau de Frank Zampino sur le yacht de Tony Accurso, propriétaire de la firme Simard-Beaudry, partenaire de GÉNIeau. On sait que M. Zampino est maintenant VP chez Dessau, autre firme partie à GÉNIeau.

 

Mais lundi, on est passé du malaise à la panique. On a convoqué en catastrophe une conférence de presse pour répondre aux affirmations de M. Lauret dans ma chronique et dans un texte d'André Noël, samedi.

 

Sans rien vérifier, donc, on a précipité sur une estrade le pauvre directeur adjoint Gilles Robillard, flanqué d'un représentant de BPR et de deux autres personnes.

 

Tout est absolument normal, de dire M. Robillard. Le calcul est simple: 219 millions divisés par 72 000 compteurs (à Toronto), cela fait 3041$ par compteur. Tandis que 107 millions divisés par 32 000 compteurs (à Montréal), cela fait 3344$ par compteur. Donc c'est à peu près le même prix, et comme Montréal est nouveau dans le domaine, la chose est facilement justifiable.

 

Ils ne savaient pas qu'ils avaient le mauvais chiffre. C'est donc dire que ni la Ville, ni BPR, qui a conçu l'appel d'offres, n'étaient au courant de la situation à Toronto, la seule ville à peu près comparable à Montréal au Canada! Or, c'est BPR qui a construit l'appel d'offres, c'est cette firme qui conseille la Ville et qui surveillera les travaux! Wow, ils connaissent leur affaire!

 

En passant, 219 millions divisés par 465 000 compteurs, cela fait... 471$ par compteur!

 

Ces gens sont des blagueurs, mesdames et messieurs. Ils nous disent n'importe quoi. Au fait, où étaient les gens qui ont obtenu le contrat, les Dessau, Simard-Beaudry? Aux abonnés absents. Ce n'est pas rassurant davantage.

 

Et à la lumière des commentaires d'un des meilleurs experts au Canada là-dessus, il y a lieu de croire qu'ils ne savent pas ce qu'ils font non plus: Michel Chevalier, de la Ville d'Ottawa, cité par André Noël, est assez clair: ce qu'on projette faire est totalement inédit et... peut-être inutilement compliqué et cher.

 

Bien entendu, les compteurs domestiques ne sont pas comme les compteurs industriels, beaucoup plus chers. On ne peut se contenter de comparer le coût par compteur à Toronto à celui de Montréal. Mais encore faut-il savoir ce qui se passe ailleurs pour faire ces nuances!

 

De toute manière, encore selon M. Lauret, qui n'a pas été contredit jusqu'à maintenant, et qui en installe partout en Amérique du Nord, l'écart de prix est injustifiable.

 

Et si, en plus, on remet en question le processus d'appel d'offres, il y a lieu non seulement d'enquêter, mais carrément de suspendre toute l'affaire en attendant, comme l'a ordonné le maire Tremblay hier.

 

Avec l'affaire de la SHDM, voilà deux dossiers douteux que le maire fait enquêter et annuler en moins de six mois après des enquêtes journalistiques.

 

Si j'étais Gérald Tremblay, je me poserais des questions sur ceux qui m'entourent et me conseillent. De sérieuses questions.

 

Il y a des limites à ne rien voir.

 

Pour joindre notre chroniqueur: [email protected]

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  • 1 year later...

Compteur d'eau à Montréal

Un nouveau projet pour l'automne

La Presse Canadienne

24/04/2010 08h19

 

 

 

MONTRÉAL - L'administration Tremblay n'a pas renoncé à l'idée d'installer des compteurs d'eau dans les industries, les commerces et les institutions (ICI) et prépare un nouveau projet.

 

Mais pour que cette fois, le projet ne tourne pas au cauchemar, elle prendra ses précautions. En entrevue au Devoir, le maire Gérald Tremblay a soutenu que la Ville envisageait de faire appel à ses cols bleus pour installer les compteurs, que le projet serait fractionné pour éviter les dérapages et que les élus seraient consultés à chaque étape du processus.

 

Le tristement célèbre contrat des compteurs d'eau a beau avoir été résilié, il n'a pas fini de hanter l'administration. D'ailleurs, la Ville ignore toujours la somme qu'elle devra verser à Génieau pour pouvoir enterrer cette affaire, le consortium n'ayant pas encore fait parvenir de réclamation finale à la Ville pour les travaux effectués.

 

N'empêche, des compteurs d'eau dans l'ensemble des ICI demeurent nécessaires, estime la Ville. Le maire a donné ses instructions et ses orientations au directeur général de la Ville, Louis Roquet, afin que le Service de l'eau prépare le terrain à la relance du projet. M. Tremblay croit que le dossier pourrait être suffisamment mûr pour être présenté aux élus en commission du conseil en septembre prochain.

 

Mais l'administration n'entend pas procéder de la même manière que la première fois. Rappelons que le contrat des compteurs d'eau de 356 millions de dollars, le plus important jamais octroyé par la Ville, avait provoqué une tempête à l'Hôtel de Ville en plus de faire l'objet d'un rapport dévastateur de la part du vérificateur général de la Ville, Jacques Bergeron.

 

L'administration s'inspirera donc des recommandations du vérificateur pour gérer le projet.

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