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Le Québec de M. Parizeau

 

André Pratte

 

La Presse

 

Dans une entrevue accordée au Journal de Montréal, l'ancien premier ministre Jacques Parizeau démolit le rapport Bouchard-Taylor, s'en prenant notamment à ce que dit le document sur les difficultés des immigrants à trouver un emploi. «Ils ne comprennent pas la vie, lance M. Parizeau. Cela restera toujours vrai que chez les immigrants, lors de leurs premières années, le taux de chômage sera toujours plus élevé. Il y a des choses inévitables.»

 

L'économiste a évidemment raison, il n'y a rien d'étonnant à ce que les immigrants arrivés récemment aient plus de difficultés à décrocher un emploi que les Québécois qui sont ici depuis toujours. Ce n'est d'ailleurs pas ce qui inquiète MM. Bouchard et Taylor. Ce qu'ils déplorent, c'est que le taux de chômage des immigrants est sensiblement plus élevé au Québec que dans d'autres provinces du Canada (10,2% contre 6,8% en Ontario). De plus, contrairement à ce que l'on voit dans les provinces voisines, même chez les immigrants installés depuis plus de 10 ans au Québec, la proportion de chômeurs est beaucoup plus élevée que parmi les personnes nées au Québec.

 

«Toutes ces données témoignent d'une réalité difficile, faite de privations et d'angoisses, où affleure parfois la détresse», écrivent les commissaires. Une société développée n'a pas le droit de considérer de tels écarts, une telle souffrance humaine comme «inévitables».

 

«Les commissaires, eux, parlent de discrimination. S'ils avaient comparé ça avec d'autres pays, ils verraient qu'on n'est pas différent ici», ajoute l'ancien premier ministre. C'est précisément ce qu'affirment les auteurs du rapport: «Aucune donnée ne permet d'affirmer que la discrimination est plus présente au Québec qu'ailleurs. Considérant le nombre et la variété des immigrants que Montréal a reçus depuis quelques décennies, le fait vaut d'être signalé.»

 

Enfin, selon M. Parizeau, Gérard Bouchard et Charles Taylor font un «long procès» contre les Québécois de langue française. Or, au contraire, les commissaires décrivent une société moderne et ouverte, capable comme n'importe quelle autre de faire face au défi de l'intégration des immigrants. «Pour tous les Québécois, disent-ils, l'enjeu reste le même: jouerons-nous la carte de la confiance mutuelle et de l'intégration ou glisserons-nous vers la défiance, qui entraînera et accentuera les effets que l'on cherche précisément à éviter - le rejet, le repli, la ghettoïsation et le fractionnement? Jusqu'ici, et il faut s'en réjouir, notre société a su se prémunir contre ces maux.»

 

Ce n'est pas le procès des Québécois que dressent MM. Bouchard et Taylor, mais celui d'une conception dépassée et frileuse du Québec. Un Québec ancien que, paradoxalement, peu de Québécois ont autant contribué à défaire que Jacques Parizeau lui-même.

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Parizeau questionne les cibles d'immigration du gouvernement

 

La Presse Canadienne

 

Montréal

 

Jacques Parizeau ne cache pas une profonde préoccupation envers les nouvelles cibles d'immigration que le gouvernement de Jean Charest a fixées pour les trois prochaines années.

 

En entrevue au Journal de Montréal, l'ancien premier ministre du Québec se questionne si on peut passer de 40 000 immigrants par année à 55 000. Il ajoute que cela fait beaucoup de monde à intégrer et qu'il y a des risques à ne pas prendre.

 

En novembre dernier, le gouvernement Charest a haussé les seuils d'immigration pour les trois prochaines années pour atteindre 55 000 nouveaux arrivants en 2010. Le premier ministre Jean Charest a répété à maintes reprises qu'une immigration plus massive est une des solutions au déclin démographique du Québec et à une crise de la main-d'oeuvre. Mais pour M. Parizeau, une telle cible requiert «un niveau de préparation qu'il ne voit pas actuellement».

 

Encore une fois, il juge que les commissaires Charles Taylor et Gérard Bouchard n'ont pas fait les devoirs auxquels on était en droit de s'attendre d'eux.

 

Dans cette entrevue, l'ancien chef du Parti québécois n'a pas manqué de décocher une flèche à l'endroit de Lucien Bouchard. Il lui reproche notamment l'abolition des Centres d'orientation et de formation des immigrants, les COFI.

 

Il croit que ces centres étaient un bon système mais déplore qu'ils aient été supprimés au moment de l'atteinte du déficit zéro.

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EXCLUSIF - Bouchard-Taylor

« Envoyons ça dans la filière 13 » - Jacques Parizeau

 

Le Journal de Montréal

mercredi 11 juin 2008

 

Yves Chartrand - Jugeant que les commissaires Gérard Bouchard et Charles Taylor ont produit un rapport « abstrait et fumeux » pour faire « une sorte de long procès du Canadien français », Jacques Parizeau estime qu’il faut « vite oublier ça » et plutôt trouver des solutions « politiques et administratives » aux problèmes d’intégration des immigrants.

 

Dans un entretien qu’il nous a accordé lundi à son domicile de l’Île-des-Soeurs, Jacques Parizeau n’a pas été tendre envers le rapport Bouchard-Taylor qu’il a lu, précise- t-il, « d’un bout à l’autre ». Et sa conclusion est tranchée : « Il faut envoyer ça dans la filière 13, le mettre dans un tiroir et l’oublier. Ce n’est pas un bon rapport. »

 

Selon Jacques Parizeau, les deux commissaires ont éclipsé un des éléments centraux de leur mandat, « pourtant fondamental » selon lui : voir ce qui se fait dans les autres pays en matière d’intégration des immigrants et de pratiques d’accommodements religieux et culturels.

 

Il cite en exemple les lieux de prière pour les musulmans dans les institutions.

 

« Il paraît qu’en Turquie, un pays musulman, c’est interdit, alors qu’ici au Canada la Cour suprême a confirmé l’idée qu’une religion, on la juge dans la mesure où l’individu qui la pratique y croit, une sorte de consécration de l’interprétation personnelle de la religion. »

 

Cette « capacité de se comparer à d’autres était essentielle », dit l’ancien premier ministre. « Ce serait bon qu’on le sache, ce qui se passe ailleurs. On s’apercevrait peut-être que les lieux de prière dans les institutions ne sont pas du tout considérés comme des éléments de religion. »

 

Un concept très dangereux

 

Au lieu de faire ce travail de base, informatif, « la trame principale de ce travail est une sorte de long procès du Canadien français », un terme « presque ethnocentriste » qui est pour Jacques Parizeau « un retour en arrière » et implique « un concept très dangereux ». Tenter de définir le Québécois de souche en le qualifiant de Canadien français, « c’est faire fausse route complètement ».

 

« Est-ce que ça veut dire que les descendants d’Écossais et d’Irlandais, pourtant de souche, ne sont pas des Canadiens français ? Comme les frères Daniel et Pierre- Marc Johnson ? Là, on serait en train de discuter de pureté de la race ! S’il y a quelqu’un qui ne tient pas à ça, c’est moi ! Jamais ! Jouer dans ce registre est ridicule », dit Jacques Parizeau

 

Hier, à la suite de la lettre de Gérard Bouchard dans La Presse qui répond aux détracteurs de son rapport, le Journal a recommuniqué avec M. Parizeau. Ce dernier s’est contenté d’un bref commentaire acéré. « La plupart des gens n’aiment pas qu’on crache dans la soupe. M. Bouchard commence à s’en rendre compte. »

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