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Anges gardiens d'Edward Snowden


Normand Hamel
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«Anges gardiens» d'Edward Snowden: «Nous pouvons enfin rêver d’une vie meilleure»

Les quatre «anges gardiens» qui ont caché Edward Snowden à Hong Kong ont vite adopté le Québec

Simon Baillargeon - Le Journal de Montréal

La famille de réfugiés srilankais qui a tout risqué en protégeant le célèbre lanceur d’alerte Edward Snowden à Hong Kong savoure enfin une vie meilleure au Québec après une longue attente. La peur et l’angoisse des dernières années ont fait place aux rires et à l’espoir, alors que le clan goûte au bonheur dans son appartement de Montréal.

Un peu plus de trois mois se sont écoulés depuis l’arrivée de ceux que l’on surnomme les « anges gardiens » de Snowden. Supun Thilina Kellapatha, Nadeeka Dilrukshi Nonis et leurs enfants Sethumdi et Dinath abordent avec confiance leur nouvelle existence.

Le modeste logement de l’arrondissement Saint-Laurent qu’occupe la famille grouille de vie en ce lundi pluvieux de décembre. Montréal a reçu, quelques heures plus tôt, sa première bonne bordée de neige, qui s’est ensuite transformée en pluie. Rien de suffisant pour saper le moral de tout le monde, particulièrement Sethumdi, 10 ans, ravie de pouvoir parler de « l’immense boule de neige » fabriquée le matin même avec ses amis à l’école. 

En cette journée grise, son sourire illumine la pièce quand elle mime son premier bonhomme de neige. 

Son père Supun l’écoute, sourire en coin. Ce n’est pas une météo capricieuse qui lui fera perdre sa bonne humeur. Sa femme Nadeeka et lui ont vécu les pires sévices au Sri Lanka, pays qu’ils ont fui. Ils ont ensuite vécu à Hong Kong pendant de nombreuses années avec le statut de sans-papiers où ils risquaient à tout moment l’expulsion vers leur pays d’origine. 

C’est dans cette mégapole qu’ils ont caché Edward Snowden, cet ancien employé de l’agence américaine de renseignement NSA devenu l’ennemi public numéro un aux États-Unis à la suite de ses révélations en 2013 (voir plus bas). 

La petite famille est arrivée ici un peu plus de deux ans et demi après les deux premiers « anges gardiens ». En mars 2019, l’autre fille de Supun, Keana, et sa mère Vanessa Rodel ont atterri en sol canadien.

Rapidement, elles ont fait leur nid à Montréal et se sont intégrées. La petite parle désormais un excellent français alors que sa mère, d’origine philippine, parle et comprend la langue à un niveau intermédiaire. 

Cette dernière a aussi suivi quelques formations professionnelles et est désormais à la recherche d’opportunités d’emploi à Montréal. « Je me sens prête à travailler pour aider ma fille et bâtir notre avenir », assure Vanessa. 

Attente insoutenable

Le Québec, Supun et Nadeeka en rêvent depuis longtemps. Depuis le moment où des avocats québécois ont multiplié les démarches pour les amener au pays, Supun n’a cessé de se renseigner sur sa future patrie. De son minuscule appartement de Hong Kong, il voyait grand. 

« Avant, je n’avais pas de vie, je n’avais pas de futur. Maintenant, j’ai une destinée. Nous avons enfin un futur », entrevoit le patriarche, à l’occasion de la toute première entrevue accordée à un média depuis que la famille est débarquée à Montréal. 

Pendant plusieurs années, il a souvent cru que la bonne nouvelle espérée arrive. Plusieurs fois, les attentes se sont transformées en déception. Les longues nuits blanches et le stress ont lentement fait leur nid dans le très modeste logis. 

« Mais maintenant, je dors très bien », rigole Supun. 

« On m’a souvent promis que je quitterais Hong Kong dans un mois. Mais le mois suivant, ça n’arrivait pas. D’autres gens me disaient que je n’irais jamais au Canada. C’était difficile à vivre. Je ne voulais pas rater cette opportunité. »

« Nous avions de grands espoirs. Une vie stable, la sécurité et la liberté qui nous attendaient au Canada », précise Nadeeka. 

Établir des « fondations solides »

Le couple tient à « construire des fondations solides » au Québec. S’établir, travailler et s’intégrer. Il peut compter sur l’organisme à but non lucratif Pour les réfugiés, qui se porte garant d’eux. L’organisation Pour les réfugiés est entièrement financée par des dons privés.

C’est grâce à cet argent qu’ils ont pu atterrir dans un logement déjà meublé avec un réfrigérateur rempli. 

« Nous sommes très reconnaissants envers Marc-André [Séguin] et Guillaume [Cliche-Rivard]. Ils nous ont fait une promesse et ils l’ont tenue », assure Supun, en lançant un regard vers Me Séguin.  

Cette aide précieuse a permis aux quatre membres de la famille de vite apprivoiser Montréal. Dès la première semaine, toute la famille a marché jusqu’au sommet du mont Royal sans trop connaître le chemin. Supun avait vu des images de la montagne depuis Hong Kong et tenait à s’y rendre. 

Voir le château Frontenac

Prochaine étape : le Château Frontenac, dont il a vu les photos sur le web. 

« Québec semble être une belle ville historique », avance Supun. 

Même la poutine n’a pas résisté à la famille. Et encore une fois, cette découverte est le fruit d’une recherche sur Internet. 

« Maintenant, je fais même la poutine maison », dit Nadeeka en souriant, cuisinière hors pair et couturière d’expérience. 

Leur avocat, Marc-André Séguin, les a aussi amenés voir un match du Canadien plus tôt cette saison. Si la performance de l’équipe n’a pas été à la hauteur, il a toutefois fait naître une étincelle chez l’aînée. 

« Quand je serai grande, je veux être une joueuse de hockey. Et jouer des matchs », lance Sethumdi.  

Pas peur de travailler dur 

D’ici les prochains mois, la priorité du couple est de trouver du travail. Ils ont déjà leur résidence permanente, la citoyenneté canadienne suivra dans un peu moins de trois ans. « On veut se construire une vie », répète Nadeeka à quelques reprises dans l’entrevue.  

Excellent joueur de cricket, Supun se voit déjà au sein d’un club de Montréal. Cela lui permettra de retrouver quelques repères perdus au fil des années d’exil à Hong Kong, endroit hostile aux sans-papiers. 

« Les seuls emplois que je pouvais occuper, c’était les “trois D’’, difficult, dangerous and dirty [difficile, dangereux et sale] », se désole Supun. De creuseur de tombes à ouvrier sur un chantier de construction « sur des échafaudages en bambous, pas attachés au 23e ou 24e étage », il a trimé dur. Et il compte faire de même au Québec. 

« Travailler fort, ça ne nous fait pas peur », renchérit sa douce moitié.

Même les enfants, pour la première fois de leur vie, ont une carte d’identité. Sethumdi et Dinath sont apatrides. La citoyenneté canadienne qu’ils devraient recevoir leur permettra enfin d’être membres à part entière d’un pays pour la première fois de leur courte vie. 

D’ici là, la famille poursuivra son adaptation. Supun continuera de fouiller Internet pour en apprendre sur son pays d’accueil. Il attend impatiemment d’obtenir son permis de conduire afin « d’emmener toute la famille en vacances ». Il compte explorer le Québec et ses grands espaces. 

« Nous pouvons enfin rêver d’une vie meilleure. »  

Près de trois ans après avoir vu sa fille Keana pour la dernière fois, Supun Kellapatha a de nouveau pu la serrer dans ses bras à quelques jours de Noël. 

Le moment tant attendu a eu lieu dans les premiers jours du mois de décembre alors que la famille décorait son sapin de Noël. Keana est arrivée au Canada en mars 2019 avec sa mère, Vanessa Mae Rodel, après avoir vu le Canada leur accorder l’asile permanent. Elles ont été les deux premiers « anges gardiens » de Snowden à quitter Hong Kong.  

Keana et sa demi-sœur Sethumdi se sont longuement enlacées (photo ci-bas). Le temps n’avait rien effacé de leur amitié et la magie de Noël a opéré. « Le Canada, c’est l’endroit pour [célébrer] Noël. Le père Noël vient du Canada », lance Supun, sourire en coin, comblé de retrouver ses trois enfants autour du sapin.  

UN GÂTEAU DE FÊTE ET UN MESSAGE SECRET

Un gâteau d’anniversaire acheté pour célébrer les 30 ans d’Edward Snowden a servi de cachette pour passer un message secret destiné au fugitif.  

Peu de temps après son arrivée dans le très modeste appartement de la famille, à Hong Kong, le lanceur d’alerte a remis son passeport au père au cas où il serait arrêté par les autorités. En feuilletant le document, le père de famille s’est aperçu que le fugitif fêtera bientôt son anniversaire, le 21 juin. 

Malgré des moyens financiers limités, hors de question de passer l’événement sous silence et un gâteau de fête est acheté. Des précautions s’imposent toutefois. Le gâteau fait mille et un détours dans les rues et les immeubles de Hong Kong. On veut s’assurer que personne ne les suive. Finalement arrivé à destination, le gâteau ne fera pas que rassasier les convives. « Il y avait un message secret caché dans le gâteau », révèle Supun, qui n’avait jamais raconté cette histoire auparavant selon l’avocat de la famille, Marc-André Séguin.

https://www.journaldemontreal.com/2022/01/09/nous-pouvons-enfin-rever-dune-vie-meilleure

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