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Montréal est bien vivante

Dans un vibrant hommage à la résilience de la métropole, l’environnementaliste Karel Mayrand demande aux pleureuses et autres oiseaux de malheur de cesser leurs jérémiades et de plutôt se remonter les manches.

https://lactualite.com/societe/montreal-est-bien-vivante/

Karel Mayrand

14 septembre 2020

À la mi-août, un auteur et investisseur new-yorkais annonçait sur LinkedIn la mort de New York. Il en donnait pour preuve les témoignages anecdotiques de personnes privilégiées de son entourage qui avaient quitté New York et n’avaient pas l’intention d’y revenir. La ville avait perdu son énergie. Privée de théâtres, de restos et de comedy clubs, la Grosse Pomme était morte pour de bon. Ce texte lui a valu une réplique cinglante de Jerry Seinfeld dans le New York Times qui se résume à ceci : New York va rebondir, grâce aux New-Yorkais.

Je me suis rappelé ce texte en lisant les nombreuses chroniques d’humeur écrites ces dernières semaines pour annoncer la déchéance de Montréal. Faut-il le rappeler, Montréal a été, avec New York, l’une des villes d’Amérique du Nord les plus durement frappées par la COVID-19, et elle est – de loin – l’épicentre de la pandémie au Canada. Alors que nous pleurons encore la mort de près de 3 500 personnes à Montréal – plus que lors des attentats du 11 septembre 2001 –, il y a quelque chose de foncièrement déplacé à voir des chroniqueurs manquer de la compassion la plus élémentaire envers notre ville et ses citoyens en publiant des textes qui dépeignent Montréal comme si elle était devenue Tchernobyl. Pendant qu’ailleurs dans le monde les gens s’entraident pour mieux se relever, ici, il est de bon ton d’écraser une ville qui a un genou par terre. Parce que c’est tendance. Si Camus réécrivait La peste aujourd’hui, il devrait y faire figurer des Cassandre qui haranguent les foules en annonçant la disparition d’Oran.

Le bal a été lancé par un dude qui a annoncé au début d’août qu’il quittait Montréal, pour finalement révéler dans le même texte – il faut le faire – qu’il avait dans les faits quitté la ville 10 ans plus tôt. Le gars a vendu son duplex (à profit, merci Montréal !) pour déménager en banlieue. Ce qu’il reprochait à Montréal ? Le stationnement, la circulation et les nids de poule. Je l’imagine aller souper au Boston Pizza le long de l’autoroute 15 le jeudi soir, apprécier le stationnement gratuit et surtout ne pas avoir à stationner en parallèle son camion Ford F-150. Devrait-on ouvrir des Boston Pizza avec stationnements gratuits surdimensionnés pour le ramener en ville ?

Puis, ce fut la litanie des chroniques dénonçant une prétendue guerre à l’automobile parce qu’on a piétonnisé une demi-douzaine de rues et aménagé 90 kilomètres de pistes cyclables, sur un total de 4 050 – vous avez bien lu : 4 050, quatre-mille-cinquante – kilomètres de voies de circulation ! C’est 2 % des rues de Montréal qui ont été touchées. Give me a break ! Vous avez perdu quoi, 10, 12 minutes, quelques fois durant l’été ? Vous avez été obligés de réduire votre vitesse à 30 km/h ou d’attendre derrière quelqu’un qui tournait à gauche ? Vous avez dû céder le passage à un cycliste qui arrivait dans votre angle mort sur une voie sécurisée ? Et vous prétendez que, ce faisant, on a brimé votre liberté ? Soyons sérieux. On a un petit peu dérangé vos privilèges. En pleine pandémie, vous avez patiemment accepté de faire la file à la SAQ pendant 25 minutes pour acheter votre Chablis Premier Cru, mais vous êtes montés aux barricades dès qu’un cône orange ou un cycliste vous a fait faire un détour. Ça en dit plus long sur vos priorités que sur Montréal.

Mais assez parlé des oiseaux de malheur. Parlons plutôt de Montréal. Je suis arrivé ici en 1991. On annonçait déjà la mort de notre ville, comme celle de New York d’ailleurs. C’était la récession du début des années 1990. Il y a eu deux meurtres dans ma rue en trois ans. Au centre-ville, les vitrines placardées des magasins fermés se comptaient par dizaines entre les néons des bars de danseuses. Le marché immobilier était anémique. Dans les journaux, les chroniques étaient encore pires qu’aujourd’hui. Je me souviens aussi de mon premier voyage à New York en 1990 : des montagnes d’ordures partout, des carcasses de voitures brûlées, des arnaqueurs à tous les coins de rue, des peep-shows partout sur la 42e. Babylone sur le Hudson.

La réalité, chers amis, c’est que les villes comme Montréal et New York ne meurent pas. Elles se relèvent toujours. Je suis certain – j’ai fait mes recherches – que si une bombe soufflait Montréal, la ville repousserait exactement au même endroit, comme ces arbres qui repoussent sur leurs propres souches. C’est ce qui est beau dans la ville, cette énergie qui ne meurt jamais, qui ne dort jamais. Mais voilà, vous vous êtes attachés à un souvenir plutôt qu’à cette énergie qui lui permet de repousser continuellement.

Vous pourrez bien écrire ce que vous voulez sur Montréal, je ne partirai pas. Je suis arrivé ici à 19 ans avec ma conjointe, et nous y sommes encore. Plus je vieillis, plus je me sens Montréalais, avant toute autre identité. Et aucune attaque teintée de mépris ou d’ignorance n’y changera quoi que ce soit. Nous avons choisi d’élever une famille ici. Nos enfants ont aujourd’hui 16 ans. Ce sont de vrais Montréalais, avec leur patois qui intègre des mots de créole, d’arabe, de joual et d’anglais. Et je peux vous dire une chose : pour eux, la ville n’est pas morte. Elle est pleine d’avenir, parce qu’eux, ils regardent en avant. Ils ont encore les yeux pour découvrir et créer la ville.

Seinfeld se demande dans son texte si New York fait partie des États-Unis. Sa réponse est savoureuse : « En quelque sorte. » C’est pareil pour Montréal. Nous sommes une île, une espèce de demi-république de bagel que personne ne semble comprendre, même pas les Montréalais, qui s’en foutent un peu d’ailleurs. Et c’est peut-être ce qui vous dérange le plus : Montréal ne cadre pas dans votre vision du monde. Elle n’entre pas dans vos petites cases. Vous vous attendez à quoi d’une ville qui a un stade avec une tour penchée ? Alors, vous laissez libre cours à votre frustration envers cette ville et ses habitants, qui ne font rien comme vous voulez.

Comprenez-moi bien : Montréal souffre, comme la plupart des grandes villes du monde, parce que les villes symbolisent maintenant le pire de la pandémie. Les gens hésitent à revenir. Cette ville – notre ville – unique au monde est blessée et elle a besoin d’amour. Alors on fait quoi ? On retrousse nos manches, on se crache dans les mains et on reconstruit. Parce que c’est ce que font les habitants des grandes villes de ce monde. Et Montréal, n’en doutez jamais, a l’énergie d’une grande ville qui renaît toujours.

Vous me permettrez de conclure en paraphrasant la conclusion de Seinfeld :

Les villes ne meurent pas. Elles changent. Elles mutent. Elles se réinventent.

Vous dites que Montréal ne s’en sortira pas cette fois.

C’est vous qui avez baissé les bras.

Ce virus stupide finira par lâcher prise. Comme vous.

Et nous allons continuer de vivre à Montréal si cela vous convient.

Notre ville va se relever.

Grâce à tous les Montréalais qui, contrairement à vous, l’auront aimée et comprise, seront restés et l’auront reconstruite.

 

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Il y a 1 heure, steve_36 a dit :

Montréal est bien vivante

Dans un vibrant hommage à la résilience de la métropole, l’environnementaliste Karel Mayrand demande aux pleureuses et autres oiseaux de malheur de cesser leurs jérémiades et de plutôt se remonter les manches.

https://lactualite.com/societe/montreal-est-bien-vivante/

Karel Mayrand

14 septembre 2020

Très beau texte cité par steve_36.

Ce que j'aimerais ajouter, c'est que Montréal ne s'arrête pas vraiment aux limites administratives de la ville-centre ni même aux rives du Saint-Laurent et de la rivière Des Prairies, tout comme Paris ne s'arrête pas au boulevard Périphérique et Toronto à Steeles Avenue. 

Je trouve ridicule qu'on fasse des distinctions exagérées comme s'il y avait des fossés profonds entre la ville principale et ses voisines dites de banlieue.  Les deux forment toujours des ensembles où chaque composante joue un rôle et participe non seulement à son développement mais aussi à son esprit particulier.  A divers degrés, la "faute" revient aux deux parties en cause; c'est possiblement plus frappant dans la région parisienne, où les habitants du "75" ont tendance à snober ceux des banlieues, particulièrement le "93" (Département de Seine-Saint-Denis) adjacent à la capitale au nord-est.  A Montréal comme à Toronto, plusieurs s'ingénient à attribuer une mentalité distincte aux banlieusards (et réciproquement), en feignant d'oublier (surtout dans le cas de Toronto) que cette ville-centre dans ses limites actuelles est majoritairement composée de quartiers qui étaient naguère des villes indépendantes aussi banlieusardes dans leur caractère que celles qui s'étendent au-delà, par exemple Mississauga.  Celui qui admire sa pelouse à Cité-Jardin ou à Saraguay, comme celui de Rosedale ou de Forest Hill, pourrait difficilement prétendre être un urbain pur et dur se démarquant du banlieusard (ou s'il l'est, c'est parce qu'il est plus riche et qu'il fait faire l'entretien par des employés...)

Quelqu'un qui "se sauve" de Montréal ville-centre pour s'établir à Laval ou Brossard n'a pas quitté pour autant le berceau où il s'épanouit et prospère.  Qu'il ne se fasse pas d'illusions à ce sujet.  Il a simplement troqué certains avantages et désavantages de la centralité, pour d'autres qui caractérisent davantage la banlieue.  Pour sa part, celui qui choisit de demeurer dans la ville-centre ou de s'y établir ne doit pas être indifférent aux événements, positifs comme négatifs, qui se produisent en banlieue; par exemple, quand un important investissement dans l'industrie aéronautique choisit Mirabel plutôt qu'un site ontarien, il en profite indirectement autant.

Je ne veux pas ignorer les problèmes causés notamment par l'étalement urbain qui se produit en banlieue avec pour résultat l'envahissement des rues du centre par les automobilistes, ni les protestations de ceux-ci quand la ville-centre choisit d'imposer des restrictions.  Ici je pose une question: comment seraient les choses si l'ensemble de la région urbaine était dirigée par une administration municipale unique?  

Partout dans le monde, les véritables différences se trouvent entre les métropoles et les "autres régions" (pas au sens de "région administrative" au Québec) qui sont beaucoup moins exposées à l'intensification des relations internationales (commerciales, scientifiques et culturelles), qui concernent d'abord les métropoles, de même qu'à la diversification de l'immigration, concentrée dans les mêmes métropoles.

 

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