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Piéton et automobiliste, un pouvoir à partager

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Piéton et automobiliste, un pouvoir à partager

 

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Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Pour assurer la sécurité des piétons, il serait nécessaire de rééquilibrer la relation de pouvoir et assurer ainsi un véritable "partage de la route"», estime l'auteur.

Olivier Ducharme

Essayiste

17 juillet 2019 IDÉES

Le ministre des Transports, François Bonnardel, déplore que les passages pour piétons ne soient pas respectés par une majorité d’automobilistes. « Les passages, il ne faut pas que ce soit une blague. S’il faut mieux avertir les automobilistes, s’il faut changer le code, on le fera ». Le ministre déplore la « culture de la délinquance » et se demande d’où elle vient et pourquoi elle existe.

À l’article 410 du Code de la sécurité routière, il est écrit : « Lorsqu’un piéton s’engage ou manifeste clairement son intention de s’engager dans un passage pour piétons, le conducteur d’un véhicule routier doit immobiliser son véhicule pour lui permettre de traverser ». L’automobiliste a donc le devoir de s’arrêter pour laisser passer le piéton.

Cette règle est malheureusement très souvent enfreinte. Ce qui explique une telle situation est la part d’arbitraire présente dans le Code de la sécurité routière. À l’article 446, il est écrit : « À un passage pour piétons […] un piéton doit, avant de s’y engager, s’assurer qu’il peut le faire sans risque ». Le Code de la sécurité routière prévoit ainsi la délinquance de certains automobilistes et accorde une part de responsabilité au piéton. À tout moment, le piéton doit se fier au jugement de l’automobiliste et non à la rigidité et au respect d’une règle.

Si l’automobiliste décide de s’arrêter, on interprète ce geste comme un geste de courtoisie. D’un simple mouvement de la main, comme un grand seigneur devant un serf, il choisit de laisser passer le piéton. Ici, l’automobiliste possède le pouvoir de décider du cours de l’action, tandis que le piéton doit attendre passivement.

Rapport inégalitaire

La « culture de la délinquance » s’explique par le rapport inégalitaire entre le piéton et l’automobiliste. Dans nos villes, tous les modes de transport prennent l’automobile comme référence. La rue appartient à l’automobile. Les piétons et les cyclistes doivent se plier devant son pouvoir et ses règles.

Les piétons doivent suivre les signalisations propres au trafic automobile en traversant là où il existe une signalisation. L’automobile dicte ainsi ses règles et son rythme — rapide et sans commune mesure avec la vitesse de la marche. Finalement, l’automobile possède le pouvoir de blesser physiquement le piéton. C’est là où se joue tout son pouvoir.

Vulnérabilité

L’automne dernier, la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) annonçait fièrement une première campagne publicitaire pour la sécurité piétonne. Si on jette un coup d’oeil rapide à cette campagne, on s’aperçoit immédiatement qu’elle reprend et accentue la relation de pouvoir entre les automobilistes et les piétons. La campagne s’appuyait sur deux axes : comme piétons, je dois assurer ma sécurité, car je suis vulnérable ; comme conducteur, je dois faire preuve de prudence à l’égard des piétons, car ils sont vulnérables. L’accent est mis sur la vulnérabilité des piétons. Que signifie « être vulnérable » ? Selon son étymologie, être vulnérable signifie « pouvoir être blessé et être attaqué ». Il est de la responsabilité du piéton de se protéger face à la menace que représente l’automobile. Le piéton est la victime. Mais qui est l’agresseur ?

En braquant la lumière sur la vulnérabilité des piétons, la SAAQ fait abstraction de la dangerosité de l’automobile. Le conducteur doit se montrer prudent, car il pourrait rencontrer sur son chemin des êtres vulnérables. Jamais il n’est dit que si accident il y a, c’est en raison de l’existence des automobiles et non de la vulnérabilité des piétons. Comme toute relation inégalitaire, il y a quelqu’un qui détient le pouvoir et un autre qui le subit. C’est ainsi qu’il faut comprendre la relation entre les piétons et les automobilistes.

Aussi longtemps que les automobiles, « ces requins montés sur roues », pour reprendre la belle formule du poète Jacques Brault, détiendront le pouvoir, rien ne changera. Pour assurer la sécurité des piétons, il serait nécessaire de rééquilibrer la relation de pouvoir et assurer ainsi un véritable « partage de la route ». Pour ce faire, il faudrait redonner une place de choix à la marche comme moyen de transport, elle qui souffre encore aujourd’hui d’un manque de respectabilité. Rien ne semble cependant plus loin de la réalité.

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Dans le même esprit, je publie cette intéressant article de La Presse sur le bilan sécurité de nos routes au Québec.

Publié le 20 juillet 2019 à 05h00 | Mis à jour à 05h00

Nos routes se sont pacifiées

https://www.lapresse.ca/debats/chroniques/patrick-lagace/201907/19/01-5234537-nos-routes-se-sont-pacifiees.php

Patrick Lagacé
La Presse

Tout ne va pas si mal, au Québec, et savez-vous où ça va vraiment, vraiment bien ?

Sur nos routes.

Ce n'est pas une blague : les Québécois conduisent de plus en plus prudemment, nous nous tuons et nous nous blessons de moins en moins sur nos routes.

Chaque année, la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ) fait son bilan routier annuel. Pour 2018, on déplorait 1723 accidents de moins qu'en 2017, pour 359 morts (362 l'année précédente). Le taux de mortalité routière en 2018 était de 4,3 par 100 000 habitants.

Ça semble abstrait, dit comme ça : 4,3 morts par 100 000 habitants. Mais il y a dix ans, notre bilan routier était de... 9 par 100 000 habitants ! C'est un succès incroyable, le mot n'est pas trop fort.

Pendant quelques années, j'ai beaucoup écrit sur la sécurité routière. J'ai commencé alors que j'étais au Journal de Montréal. J'étais scandalisé par ce bilan routier qui était à des années-lumière de celui d'États jugés exemplaires comme la Suède, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne.

C'est Richard Bergeron, alors chef de Projet Montréal, urbaniste de métier, qui m'avait ouvert les yeux. M. Bergeron avait écrit deux livres sur l'automobile (Le livre noir de l'automobile et Les Québécois au volant c'est mortel), dans lesquels il décortiquait les moeurs routières québécoises.

Dans Les Québécois au volant c'est mortel, M. Bergeron avait trouvé une formule-choc qui faisait réfléchir : en négligeant de prendre la sécurité routière au sérieux, le Québec payait une « prime à la mortalité routière » de 200 morts et 19 000 blessés. Cette « prime », c'était la différence chiffrée entre le bilan québécois et celui des meilleurs pays.

« Ce qui a changé depuis la publication de mon livre Les Québécois au volant c'est mortel en 2005, me disait-il en entrevue récemment, c'est que les perceptions ont complètement changé. L'accident vu comme une fatalité, ce n'est plus vu comme ça. Quand j'ai écrit Le livre noir de l'automobile en 1999, j'étais motivé par le carnage qui avait lieu sur les routes du Québec... »

Carnage ? En 1973, le Québec a connu son pire bilan routier : 2209 morts, soit 36,3 par 100 000 habitants, dans un contexte où il y avait trois fois moins de véhicules immatriculés qu'aujourd'hui (6,6 millions, en 2018).

« Nous sommes désormais à 4,3 morts par 100 000 habitants, parmi les meilleurs au monde », constate Richard Bergeron.

« Ça ne veut pas dire que la bêtise a disparu de nos routes, mais il y en a moins. »

- Richard Bergeron, urbaniste et ex-chef de Projet Montréal

Honnêtement, quand j'ai commencé à écrire sur la mortalité routière au Québec, dans les années 2000, je n'aurais jamais cru une telle amélioration possible. Elle est venue, je crois, d'une volonté politique d'améliorer le bilan routier, dans les années Charest. Cette volonté s'est manifestée par les travaux de la Table de concertation sur la sécurité routière, menée par le mathématicien Jean-Marie De Koninck.

La Table a introduit tout un tas de mesures sur nos routes (comme les radars photo), qui ont eu pour effet de les pacifier. Le professeur De Koninck lui-même a également joué un rôle important de pédagogue pour la sécurité routière pendant ses dix années à la tête de la Table, faisant des appels de phares à répétition aux Québécois au sujet de la sécurité routière, sur un ton sympathique et conciliant.

En 2019, nos routes se sont pacifiées, si on se compare à notre propre bilan des dernières décennies... et si on se compare aux meilleurs de classe que sont la Suède (2,6), la Grande-Bretagne (2,8) et les Pays-Bas (3,7).

L'Ontario, la meilleure province canadienne, est à 3,8 morts par 100 000 habitants. En guise de comparaison, le bilan routier des États-Unis est catastrophique : 11,4 morts par 100 000 habitants en 2017.

***

Si nos routes se sont pacifiées, tout n'est pas parfait. Le bilan de mortalité routière des piétons (notamment chez les aînés) et des cyclistes québécois est inquiétant. Aussi, les jeunes automobilistes semblent plus nombreux à être réticents à porter leur ceinture de sécurité, un outil d'une formidable efficacité contre la mort ou les longs séjours à l'hôpital.

Quelle est la prochaine étape pour améliorer encore plus le bilan routier québécois ?

L'aménagement du réseau pour limiter les risques d'accident est capital. En entrevue avec La Presse canadienne récemment, la PDG de la SAAQ, Nathalie Tremblay, a évoqué l'aménagement des routes, en donnant l'exemple de la Suède, première de classe mondiale en sécurité automobile. Je cite Mme Tremblay : « En Suède, la plupart des routes sont séparées par un muret, que ce soit une autoroute ou une route secondaire. »

Les gens de l'Outaouais et des Laurentides sont certainement d'accord avec la patronne de la SAAQ : l'autoroute 50, qui relie Mirabel à Gatineau, comporte plusieurs tronçons où les deux voies sont contiguës, sans séparation physique. Résultat : la 50 est dangereuse, en raison de son aménagement. Mardi, le chroniqueur du Droit Denis Gratton, dénonçant un autre mort par face à face sur cette route, s'est fendu d'un texte au titre qui dit tout : « Assez, c'est assez »...

Autre avenue pour améliorer le bilan routier ? S'attaquer à la limite tolérée d'alcool dans le sang, qui fait l'objet d'un laxisme à peu près inégalé au Québec. Le Code criminel (fédéral) sanctionne la conduite en état d'ébriété au-delà de 0,08 (80 mg/100 ml de sang), mais la plupart des provinces envoient le signal qu'au-delà de 0,05, c'est dangereux : les automobilistes encourent des mesures administratives comme la suspension temporaire du permis et des amendes.

Mais pas au Québec.

***

Richard Bergeron, lui, mesure le chemin parcouru. Il est un peu ahuri. Jamais il n'aurait cru à une telle amélioration du bilan routier, quand il a écrit ses livres. L'ex-chef de Projet Montréal croit qu'un jour le Québec ne sera plus dans une zone à quelque 300 morts par année sur les routes, mais bien à... 30 morts !

« Ça va passer par les voitures autonomes, qui vont arriver d'ici 10, 15 ans. Elles n'arriveront pas partout en même temps, bien sûr. Mais c'est inévitable. Et au Québec, au Canada, on sera parmi les premiers. On va réduire la mortalité routière par un facteur de dix, j'en suis certain. Je vous parle de 2040, bien sûr. En 2050, 2060, les gens vont regarder notre époque et ils seront horrifiés de voir que nous avons jadis toléré autant de morts sur les routes... »

Bien sûr, on peut dire que Richard Bergeron est un rêveur. On disait aussi qu'il rêvait en couleurs quand il espérait un meilleur bilan routier, au Québec, en 2005.

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Un secteur à éviter, si vous êtes un automobiliste...

Piétons: des citoyens en colère menacent de bloquer une artère de la ville

istock-514731413.jpg?w=860Photo: Getty Images/iStockphoto

Montréal  |  16:40 |  9 septembre 2019  |  Par:  Claire Aboudarham  |  Métro

Un groupe de citoyens du quartier Centre-Sud organise une action coup de poing ce vendredi. Le groupe a décidé d’occuper le carrefour des rues D’Iberville et Hochelaga de 15h30 à 18h. Regroupés au sein de Centre-Sud Debout, ils sont mécontents de la réponse de l’arrondissement au décès d’un cycliste.

L’action a pour but de dénoncer le «laxisme des autorités et leur bla-bla» habituel, explique le collectif dans un communiqué diffusé lundi. Leur mécontentement fait suite au décès de Roger-Michel Roulx, heurté par une voiture sur la rue Hochelaga, dans l’arrondissent de Ville Marie.

Dans son communiqué, le groupe estime que les rues D’Iberville et Frontenac sont utilisées comme des «bretelles d’autoroute» pour la rue Notre-Dame. Il souligne que les voitures et les camions «traversent à toute vitesse».

«Nous n’en pouvons plus de risquer chaque jour notre vie et notre santé dans notre milieu de vie. Notre quartier doit être sécurisé.» – Collectif Centre-Sud Debout

Le groupe ajoute que la SPVM leur a «assuré de sa collaboration pour la sécurité des adultes et enfants qui participeront à cette action».

La mairesse interpellée

Le groupe de vigilance citoyenne Centre-Sud Debout ajoute dans une affichette que la mairesse de la Ville, Valérie Plante, ainsi que la conseillère municipale Sophie Mauzerolle, ont également été conviées pour «entendre les citoyens et prendre la parole» sur le sujet.

La conjointe de monsieur Proulx, Nathalie Cronier, devrait être présente. Des prestations artistiques sont également prévues lors de cette action.

Le nombre de décès de piétons est en augmentation à Montréal. Depuis janvier seulement, neuf piétons ont déjà perdu la vie sur les routes de la métropole.

Le 26 août dernier encore, une piétonne perdait la vie après avoir été percutée par un autobus de la STM. L’accident avait eu lieu dans le nord de la métropole.

L’arrondissement Ville-Marie, comme d’autres arrondissements dirigés par Projet Montréal, mise sur l’installation de saillies de trottoirs. Une centaine d’entre elles ont d’ores et déjà été installées dans le quartier en question. L’objectif derrière ces installations est de «limiter la vitesse et accroître la sécurité».

https://journalmetro.com/actualites/montreal/2374284/pietons-des-citoyens-en-colere-menacent-de-bloquer-une-artere-de-la-ville/

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