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Le nouveau pouvoir d'achat des Québécois


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LE NOUVEAU POUVOIR D’ACHAT DES QUÉBÉCOIS

FRANCIS VAILLESLA PRESSE

Mine de rien, le pouvoir d’achat des Québécois a significativement progressé depuis deux ans. Et pendant ce temps, celui de nos voisins canadiens stagnait ou diminuait. Ah bon ?

Ce constat surprenant est un autre signe de la vigueur économique du Québec, après le long calvaire des années de compressions budgétaires et de stagnation de l’emploi.

D’abord, il faut bien se comprendre : le pouvoir d’achat dont il est question est la croissance réelle des salaires, soit l’augmentation des salaires moyens APRÈS inflation. Cette moyenne cachera toujours des écarts entre les divers groupes de la société, certains voyant leurs revenus progresser plus, et d’autres moins(1). Il reste que la moyenne est un indicateur crédible du dynamisme d’une économie.

Les données proviennent du ministère des Finances du Québec, qui faisait état de la différence entre le Québec et le Canada dans son mini-budget présenté mardi. Elles ont été calculées à partir de données de Statistique Canada, donc très fiables.

Première observation : le salaire moyen ramené sur une base horaire a grimpé de 3,1 % au Québec en 2017, bien davantage que la moyenne canadienne (1,5 %) ou que celui de l’Ontario (0,7 %). Les chiffres portent sur les 10 premiers mois de 2017 comparés aux mêmes mois de 2016.

À elle seule, cette information est intéressante, puisqu’il s’agit d’un revirement de tendance. Depuis trois ans, les salaires avant inflation ont grimpé de 2,1 %, 2,8 % et 3,1 % au Québec, en progression constante, alors qu’en Ontario, c’est l’inverse, la hausse ayant été de 3,1 % en 2015, 2,2 % en 2016 puis 0,7 % en 2017.

Le salaire horaire moyen demeure inférieur au Québec en 2017, à 24,88 $ (26,33 $ en Ontario), mais l’écart se resserre.

Deuxième observation : la hausse des prix à la consommation est nettement inférieure au Québec. Ce taux d’inflation y oscille entre 0,7 et 1,1 % depuis trois ans, contre de 1,2 à 1,8 % en Ontario.

En soustrayant l’inflation de la hausse des salaires, on est donc à même de constater que le pouvoir d’achat a crû de 2,1 % au Québec en 2017, pendant qu’en Ontario… il reculait de 0,9 % ! La moyenne canadienne reflète plutôt une stagnation du pouvoir d’achat (- 0,1 %).

Cette progression du pouvoir d’achat est plus grande au Québec pour une deuxième année de suite. Et par-dessus le marché, les impôts baissent, ce qui ajoutera à l’effet de croissance de la richesse des Québécois.

Maintenant, une question : comment expliquer la si faible inflation au Québec depuis plusieurs années ? Normalement, une économie vigoureuse devrait faire augmenter la demande de biens et services et ultimement les prix, selon le principe de l’offre et de la demande. À l’inverse, une faible inflation pourrait être le signe d’une économie stagnante.

Dans son budget de mars dernier, le ministère des Finances du Québec a justement fait une analyse éclairante de la situation pour l’année 2016. Il a décortiqué trois des principaux postes budgétaires des ménages, soit l’électricité, le logement et l’assurance automobile. Or, dans les trois cas, la progression des prix a été moindre au Québec qu’ailleurs.

D’abord, la facture d’électricité a progressé de 1,0 % au Québec en 2016, comparativement à 5,7 % dans l’ensemble canadien et… 15,1 % en Ontario ! Notre voisin ontarien a de gros problèmes avec son énergie, c’est connu, obligeant même la première ministre Kathleen Wynne à verser une subvention de 1 milliard de dollars aux familles en 2017 pour réduire les prix !

Difficile de ne pas faire le parallèle : 1 milliard de subvention à l’électricité en Ontario contre 1 milliard de baisses d’impôt au Québec !

Les prix des logements ont également grimpé moins vite au Québec en 2016 (1,1 % contre 2,9 % en Ontario), selon l’analyse du ministère des Finances. Enfin, la contribution d’assurance incluse dans les permis de conduire au Québec a reculé de 6,5 % au Québec en 2016, pendant qu’elle baissait de 1,6 % en Ontario.

Ces trois postes n’expliquent pas tout, bien sûr. Le panier qui compose l’Indice des prix à la consommation (IPC) au Québec comprend une variété d’éléments, dont l’alimentation (18,8 % du panier) et l’essence (3,7 %). Cette dernière composante est en recul partout au Canada.

Tout de même, le logement (25,6 %), le transport privé excluant l’essence (14,2 %) et l’énergie (5,6 %) sont des éléments majeurs de l’IPC.

Enfin, autre piste à explorer pour expliquer notre inflation moindre : le vieillissement plus accentué de la population. En règle générale, les travailleurs qui partent à la retraite avaient des hausses de salaires annuelles moindres que les nouveaux travailleurs qui les remplacent et qui grimpent dans les échelons.

Notre pouvoir d’achat progresse, en somme, et il faut espérer que la tendance se maintiendra.

(1) C’est le cas du secteur des médias, par exemple, en raison du déplacement majeur de la publicité vers Google et Facebook, notamment. Ce secteur a perdu 43 % de ses emplois entre 2009 et 2015, selon la Fédération nationale des communications.

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