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le-sud-ouest Les Forges de Montréal (ancienne station de pompage Riverside)

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Publié le 12 août 2016 à 13h38 | Mis à jour le 12 août 2016 à 13h38

 

Les Forges de Montréal menacées d'éviction par la Ville

 

Les Forges de Montréal, un organisme sans but lucratif, est le seul endroit en Amérique du Nord consacré à enseigner les techniques d'époque, selon Mathieu Collette.

 

La Presse Canadienne

Giuseppe Valiante

 

Au beau milieu d'une autoroute et de silos à grains le long du canal Lachine, à Montréal, se trouve une structure grisâtre âgée de 130 ans qui abrite des forgerons pratiquant le métier d'antan.

 

Mathieu Collette, avec sa salopette noire et sa queue de cheval nouant ses cheveux foncés, travaille sur une pièce de fer rouge de chaleur placée sur une enclume française vieille de 230 ans.

 

« Personne au Canada ne fait ce que nous faisons, dit-il alors qu'une goutte de sueur perle sur son front. Nous sommes même uniques en Amérique du Nord. »

 

Bien que plusieurs cours de forge existent ailleurs au Canada, M. Collette affirme que son organisme sans but lucratif, Les Forges de Montréal, dans l'édifice où il travaille, est le seul endroit en Amérique du Nord consacré à enseigner les techniques d'époque.

 

Ses collègues et lui offrent des cours à tous ceux qui sont intéressés à garder le métier de forgeron bien vivant.

 

Depuis 2000, M. Collette et plusieurs autres forgerons se partagent l'espace, mais ils affirment que la Ville de Montréal veut les chasser de l'endroit en raison d'un conflit sur le bail.

 

« La Ville veut mettre ses camions là », soutient M. Collette devant la fenêtre donnant sur l'autoroute Bonaventure, qui est à quelques mètres de l'édifice.

 

Il pourrait prendre son matériel et déménager, mais M. Collette estime que le lieu de son atelier est aussi important que les méthodes qu'il enseigne à ses élèves.

 

Derrière la structure de pierre est situé le canal Lachine, qui était auparavant à proximité des usines de bois transformé, d'acier, de cuir et d'autres produits qui ont été essentiels au développement du Canada.

 

Tout juste à côté de l'édifice se trouvent d'imposants silos à grains, qui appartiennent à l'entreprise propriétaire de la farine Five Roses - dont le panneau en néon rouge illumine le ciel de Montréal chaque soir.

 

Le fait qu'un atelier de forge soit entouré d'usines et de voies ferrées - des symboles de la Révolution industrielle - n'échappe pas à Mathieu Collette.

 

« Nos techniques anciennes sont vivantes et sont [des symboles] de la Révolution industrielle au Canada », souligne-t-il.

 

Le gouvernement possède le terrain sur lequel la structure est érigée et M. Colette souhaite discuter avec Ottawa pour agrandir l'atelier et créer un musée ainsi qu'une aire récréative extérieure afin de raconter l'histoire industrielle du Canada.

 

« C'est totalement unique ici. Juste derrière nous est [située] l'entrée du canal qui a bâti le Canada: les moulins, le train, le pont Victoria derrière nous... Personne ne sait ça. Nous voulons faire un musée qui explique tout ça. »

 

Mais M. Collette et ses partenaires doivent d'abord régler leur conflit avec la métropole, qui est propriétaire de l'édifice. Le forgeron dit qu'il avait une entente avec l'ancienne administration municipale pour remettre à plus tard des rénovations onéreuses.

 

La Ville de Montréal soutient plutôt que cette entente n'avait jamais été formellement approuvée et que le groupe viole les clauses du bail en ne procédant pas aux rénovations.

 

Une porte-parole de la municipalité, Anik de Repentigny, a écrit dans un courriel que les Forges de Montréal ne respectaient pas les obligations du contrat et que « le dossier suit son cours ».

 

« Nous n'avons pas d'autres commentaires », a-t-elle dit.

 

Mathieu Collette espère que les Montréalais et le maire reconnaîtront que son groupe protège l'héritage culturel de la ville.

 

« Nous sommes une équipe de passionnés qui aimons partager les techniques anciennes de forge avec le public. Avant, les gens étaient fiers de faire des objets qui dureraient pour toujours. Et c'est pourquoi les anciennes techniques sont meilleures que les nouvelles », a-t-il fait valoir.

 

La technique de forge en bref

 

- La forge traditionnelle utilise les quatre éléments: la terre (le fer), l'air (pour augmenter la chaleur du fer), l'eau (pour refroidir le métal) et le feu (pour forger).

 

- Le charbon de forge peut atteindre une température d'environ 1600 degrés Celsius.

 

- Pour forger, il faut du charbon, une enclume, un marteau et de la poudre de borax (pour éviter l'oxydation).

 

- À la fin de sa formation, l'apprenti forgeron saura faire des trous dans le métal, souder deux pièces ensemble et scinder le métal.

 

- Les métaux par excellence sont le fer et l'acier en raison de leur solidité et de leur durabilité.

 

- Un bon apprenti peut devenir forgeron après environ trois ans.

 

http://www.lapresse.ca/actualites/montreal/201608/12/01-5009878-les-forges-de-montreal-menacees-deviction-par-la-ville.php

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Mais pourquoi refusent-ils de procéder aux rénovations exigées afin de régulariser leur entente avec la ville? Trop couteux ?

 

Deux photos (2006) de l'édifice en question

 

2006 VDMtl VM005175.jpg

 

 

2006 VDMtl VM005176.jpg

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Il faudrait connaitre le dossier plus à fond pour pouvoir se prononcer. Une chose est sûre cependant, on parle d'une institution patrimoniale qui diffuse un savoir-faire que l'on pourrait qualifier de patrimoine immatériel du Québec, qu'il faut absolument protéger et soutenir. Dans ce genre de situation les choses sont rarement claires. D'un côté on retrouve un organisme souvent sans but lucratif, qui se bat avec une réglementation parfois complexe et inadaptée à la réalité matérielle et culturelle des lieux.

 

Le bon côté de cette affaire, est que les médias en diffusant la nouvelle, offre peut-être une visibilité salvatrice à l'institution, ce qui pourrait aider à résoudre le différend. Il est clair qu'ici on parle d'un édifice historique qui perpétue par son école, des méthodes traditionnelles de forgerie qui seraient autrement probablement perdues. Un dossier qui relèverait en partie du ministère culturel du Québec et sur lequel on devra se pencher sérieusement pour assurer la pérennité du bâtiment et de ses activités.

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Bonne nouvelle!
 

http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=5798,42657625&_dad=portal&_schema=PORTAL&id=31944

La Ville de Montréal pose un geste important pour la pérennité de l'organisme Les Forges de Montréal

30 août 2019

Montréal, le 30 août 2019 – Considérant l'importance de pérenniser la pratique artisanale et la connaissance traditionnelle unique de ses artisans-forgerons, la Ville pose un geste fort pour soutenir l'organisme Les Forges de Montréal. En effet, le comité exécutif a approuvé le 28 août dernier, une convention de modification du bail qui lie la Ville de Montréal et l'organisme Les Forges de Montréal afin de tenir compte de sa capacité financière et des besoins à venir en lien avec la préservation du bâtiment. La clause exigeant un investissement d'un montant additionnel de 1 M$ en travaux de rénovation sur l'immeuble, sur une période de deux ans à compter de la signature du deuxième bail (2006-2021), a donc été levée.

« Tous les efforts seront mis en oeuvre pour que les artisans-forgerons puissent pratiquer leur art sans s'inquiéter d'être délocalisés dans les années à venir. Il est important de protéger ce savoir-faire artisanal, qui fait partie de notre patrimoine », a déclaré la mairesse de Montréal, Valérie Plante.  

« Nous considérons que les travaux réalisés par Les Forges de Montréal depuis le début de leur occupation en 2001 ont permis de préserver un immeuble qui était dans un état de dégradation avancée et de le maintenir en bon état durant ce temps. Cela justifie que nous les libérions de l'engagement pris à la signature du bail actuellement en vigueur », a souligné Benoit Dorais, président du comité exécutif.

La Ville de Montréal souhaite que l'organisme Les Forges de Montréal demeure dans l'ancienne station de pompage Riverside et ce, à long terme. Elle a ainsi entamé des négociations avec la Société immobilière du Canada en ce sens. La Ville de Montréal, le Port de Montréal et la Société immobilière du Canada étudient différentes hypothèses pour que l'ancienne station de pompage Riverside, actuellement utilisée par Les Forges de Montréal, soit cédée à la Ville.

Notons que la Ville de Montréal a adopté en août 2017 son Plan d'action en patrimoine 2017-2022. Ce Plan d'action reconnaît les savoir-faire et les pratiques artisanales comme l'une des grandes thématiques patrimoniales à soutenir, de même que la mise en valeur des immeubles patrimoniaux. L'importance de l'organisme Les Forges de Montréal et la valeur patrimoniale de l'ancienne station de pompage Riverside sont ainsi reconnus et s'inscrivent dans le développement urbain de ce secteur de la ville.

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Un peu plus de détail dans le Devoir

https://www.ledevoir.com/politique/montreal/561639/les-forges-de-montreal-en-difficultes

La Ville et les Forges de Montréal règlent leur litige

Jeanne Corriveau

30 août 2019

Montréal

 

Les Forges de Montréal ont une épine de moins au pied. L’administration de Valérie Plante a consenti à modifier le bail de l’organisme pour retirer une clause qui faisait litige depuis des années et menaçait la poursuite des activités des artisans-forgerons dans l’immeuble de la rue Riverside.

Selon ce qu’a appris Le Devoir, le comité exécutif a autorisé, mercredi, l’abolition de la clause du bail obligeant les Forges de Montréal à investir 1 million dans la rénovation du bâtiment dans un horizon de 2 ans après la signature de l’entente survenue en 2006. L’organisme sans but lucratif soutient avoir consacré quelque 600 000 $ pour restaurer l’immeuble patrimonial. Mais en 2016, estimant que les Forges n’avaient pas respecté leur bail, la Ville leur avait fait parvenir un avis d’expulsion.

Après des mois d’incertitude concernant l’avenir des Forges, l’administration de Denis Coderre avait finalement accepté de retirer l’avis d’expulsion pour renégocier le bail.

Deux ans plus tard, la menace est maintenant écartée avec le retrait de la clause problématique par l’administration Plante. Celle-ci considère que les Forges ont su remettre en état l’immeuble plus que centenaire.

« Je n’ai pas l’intention de passer les 20 prochaines années à me battre.»

— Mathieu Collette

 Mathieu Collette, qui a fondé les Forges de Montréal il y a plus de 19 ans, est soulagé. « C’est une très bonne nouvelle. Cette clause-là était abusive. Je vois ça comme une première étape de la volonté de la Ville de vouloir régulariser l’ensemble de la situation », a-t-il indiqué au Devoir.

Formé en France auprès d’un maître-forgeron, Mathieu Collette oeuvre depuis près de deux décennies à la transmission de cet art millénaire auprès d’apprentis forgerons et sensibilise le public à ce métier oublié.

Un terrain fédéral

Les Forges ne sont cependant pas au bout de leurs peines puisque leur bail avec la Ville prendra fin en 2021. Le bâtiment qu’elles occupent est une station de pompage construite par la Ville en 1887, mais le terrain appartient à l’Administration portuaire de Montréal (APM), un organisme fédéral. Or, à compter du 1er mars 2021, Transports Canada reprendra la gestion du terrain pour le céder à la Société immobilière du Canada (SIC).

Qu’adviendra-t-il des Forges ? Mathieu Collette demeure inquiet.

Désireuse d’assurer la pérennité des Forges de Montréal et d’éliminer le risque de délocalisation, la Ville de Montréal a entrepris des négociations avec la SIC afin que celle-ci lui cède la station de pompage Riverside.

Mathieu Collette souhaite toutefois que le sort des Forges soit réglé avant la tenue des élections fédérales du 21 octobre. « Ce qui m’inquiète, c’est que depuis 20 ans, j’ai vu des changements de gouvernement et d’administration. On voudrait un bail de 30 ans minimum pour être capables de réaliser notre projet [de développement] tel que prévu il y a 20 ans. Je suis rendu à 45 ans. Il me reste 30 ans à donner à la préservation et à la retransmission de mon savoir. Je n’ai pas l’intention de passer les 20 prochaines années à me battre. »

Un film

La décision de l’administration Plante d’éliminer la clause du bail litigieuse coïncide avec la sortie du long métrage Fondations, du réalisateur Olivier D. Asselin, qui relate les démêlés des Forges avec la Ville de Montréal.

Mathieu Collette espère que le documentaire suscitera l’intérêt : « On souhaite que ça lève parce que l’appui de la communauté est important ».

Il soutient que depuis cinq ans, 50 % des budgets des Forges ont été monopolisés par cette bataille. « Ça coûte une fortune. Ça bouffe du temps et de l’argent qu’on ne met pas dans notre mission. On n’est pas soutenus financièrement. Ce sont donc ceux qui suivent nos formations qui le paient », explique-t-il en exprimant le souhait que les Forges n’aient plus à se préoccuper des problèmes de bail pour se consacrer à leur mission.

 

 

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Le Devoir à propos du documentaire « Fondations » 

https://www.ledevoir.com/culture/cinema/561579/le-feu-d-un-homme-de-fer

Le feu d’un homme de fer

image.jpg
Photo: K-Films Amérique Le documentaire québécois «Fondations» se penche sur le travail passionné du forgeron Mathieu Collette.

Jean-François Nadeau
31 août 2019
Cinéma

 

« La forge est ce qui a fait sortir l’homme de l’âge de pierre », répète avec aplomb le forgeron Mathieu Collette, un colosse qui a hérité du savoir-faire et de la parole animée de ses devanciers aux mains burinées par le travail du métal. Cet âge de pierre, nous y retournons d’une certaine façon, plaide-t-il, ne serait-ce qu’en nous noyant collectivement dans la consommation. « Nous sommes à produire une société sans âme, en manque de repères. Que vaut une société sans littérature, sans poésie, qui se moque du patrimoine comme de la culture ? » Caméra à l’épaule, Olivier Asselin s’est penché sur sa vie pendant quatre ans.

À l’église Notre-Dame, un des lieux les plus visités de Montréal, c’est Mathieu Collette qui a refait les immenses grilles devant les portes de bois ainsi que les lampadaires. Juste à côté, au séminaire Saint-Sulpice, le plus vieux bâtiment de l’île, c’est lui aussi qui a refait les encrages des fenêtres. Lui encore qui a forgé le fer de l’arche qui se trouve à l’entrée du musée du Château Ramezay. Mathieu Collette travaille depuis des années pour des milliardaires comme pour des gens sans le sou, tous unis par leur capacité à apprécier son savoir-faire.

« On ne sait plus aujourd’hui apprécier la beauté d’un objet. La beauté est devenue sans âme : on fait des choses qui se veulent belles, mais qui ne vivent pas, parce qu’elles sont dépourvues de sens. Tant qu’on va continuer à acheter du n’importe quoi, il va se trouver des gens pour nous en vendre. »

Plusieurs biens patrimoniaux demandent à être entretenus grâce à des savoir-faire anciens. Comment faire pour que ces métiers ne tombent pas dans l’oubli ? « Si tu veux sauver les métiers traditionnels, commence par sauver la forge ! C’est le forgeron qui fabrique tous les outils pour les autres corps de métier. C’est grâce à lui si la pierre, le bois et la terre ont pu être travaillés. »

Des apprentis se pressent pour l’écouter, de même que des enfants à qui, doucement, il apprend à tenir un marteau, à évaluer le son du métal sur l’enclume, à comprendre comment on peut plier la matière à sa volonté. « On apprend plus physiquement dans une forge que devant un iPad… »

Un centre d’interprétation et une école

Depuis quinze ans, Mathieu Collette est chauffé à bloc par son projet de construire un centre d’interprétation qui se situerait dans le prolongement des activités récréotouristiques du Vieux-Montréal. Il voudrait y présenter, entre autres choses, toutes les familles d’outils pour les différents corps de métier. Mais plutôt que de soulever l’enthousiasme des différents ordres de gouvernement, son projet a sans cesse été l’objet de tracasseries administratives par des autorités qui ont eu plus à cœur de monnayer les terrains où il est installé que de redonner aux citoyens, par son entremise, la connaissance des savoirs de leurs devanciers.

« Ce que montre aussi Fondations, explique le cinéaste Olivier Asselin en entrevue, c’est que ce projet d’un homme de sauver un bâtiment ancien de Montréal grâce à la forge est devenu petit à petit un projet collectif pour un quartier où on a à cœur de donner un élan différent. »

Le feu au cœur de la ville

Le bâtiment patrimonial abandonné auquel la Forge de Montréal a redonné vie appartient à la Ville, mais est construit sur un terrain fédéral. Depuis quelques années, Mathieu Collette est sans cesse menacé d’éviction, malgré un bail dont il affirme avoir respecté l’esprit. Veut-on le faire partir parce que, de cet espace convoité, on veut faire, comme ce fut le cas à Griffintown, un autre « beau parc à condos laids », comme le craint Mathieu Collette ?

Les Forges de Montréal sont installées dans une de ces stations de pompage qui tentaient, au XIXe siècle, de préserver la ville de la crue des eaux du fleuve. Celle-ci est située dans le Vieux-Port, près de l’ancien silo numéro 5. Quand il l’a reprise des mains de la Ville, elle était dans un plus triste état encore que celle qui se meurt au pied du pont Jacques-Cartier, avec sa grande cheminée tendue vers le ciel comme une bouche ouverte.

« Moi, lorsque je vais mourir, mon patrimoine va mourir avec moi, dit Mathieu Collette. Il faut que ce soit retransmis par l’oralité et par le geste. Il faut un endroit pour préserver le patrimoine immatériel. Ça prend un endroit pour pratiquer, pour retransmettre. »

Son projet de forge a débuté sous la gouverne du maire Bourque. Sous l’administration Tremblay, observe-t-il, tout tombe vite du côté du néant. « Le maire Coderre arrive. Il fait une conférence de presse en disant qu’il veut que Montréal soit une ville du patrimoine, de la culture et des arts. J’étais là. Je suis allé lui serrer la main. Je lui ai remis une pièce en fer forgé. » Le maire lui recommande de parler à la responsable des dossiers culturels, Manon Gauthier. Jamais il n’a eu un simple accusé de réception pour son projet, dit-il. Aujourd’hui, il croit avoir enfin trouvé, dans l’administration de Valérie Plante, des gens sensibles à l’importance d’assurer la transmission et la préservation des savoirs dont il est le détenteur. À l’occasion de la sortie du film, la Ville de Montréal a annoncé qu’elle modifiait le bail des Forges, ce qui lève une partie des menaces qui pesaient sur la suite de ce projet. Y aura-t-il désormais une entendre avec le gouvernement fédéral, propriétaire du terrain? «Entre le fédéral et la Ville, on se parle désormais pour trouver une issue à ce dossier », confirme le cinéaste Olivier Asselin.

Un rempart

Mathieu Collette a médité son métier autant que ses pensées. Il voit dans la forge un rempart contre l’esprit qui conduit à la destruction en série de bâtiments envisagés à l’ère de l’éphémère. Il peste contre l’obsolescence programmée de tous les objets consommés par notre société. « L’écoresponsabilité, c’est de voir à fabriquer quelque chose de durable. Aujourd’hui, on achète et on jette. Combien de bateaux nous apportent des outils voués à être jetés ? Il faut redécouvrir et préserver le monde qu’on habite. » Il s’est fait répéter, par un fonctionnaire, qu’il fallait être d’un monde qui « évolue ». « Mais ça veut dire quoi, on évolue ? Ça veux-tu dire que les poètes, les écrivains, notre histoire, parce qu’on évolue, on met ça de côté ? »

Ce forgeron d’exception a fait de son métier une allégorie de la vie. Il fait ainsi remarquer que le fer très pur, obtenu par le procédé Bessemer, celui avec lequel on fabrique par exemple les outils chirurgicaux, a les qualités de sa totale pureté. Mais il observe qu’il n’est pas stable. Laissé à lui-même dans la nature, il se délamine et tombe en poussière, pour retourner à son état premier. Le fer impur, celui des vieux outils, conserve au contraire, malgré le passage du temps, ses formes et ses propriétés. « C’est bien de se mélanger », en conclut le forgeron.

Peut-on se permettre, en tant que société, de perdre ce patrimoine et de ne plus savoir comment faire des objets ? Pour Pierre Wilson, directeur du Musée des maîtres et artisans du Québec, si nous étions une société intelligente, nous déclarerions les rares personnes comme Mathieu Collette « trésors nationaux » et nous leur demanderions de continuer ce qu’elles font.

Au nombre des témoignages contenus dans ce film d’Olivier Asselin, on entend Dinu Bumbaru, directeur des politiques à Héritage Montréal : « On a écrit à la Ville pour dire : écoutez, réveillez-vous ! »

Ce film a gagné le prix du meilleur long métrage documentaire au Fine Arts Film Festival de Los Angeles. « Le monde dont nous profitons s’est élevé, dit Mathieu Collette, à l’impulsion des forgerons. La grandeur des villes, des villages, des cathédrales dépendait des forgerons. Nous serions idiots de nous priver des apports de ce métier et de ces enseignements à l’heure où notre environnement est menacé. »

Fondations Documentaire d'Olivier D. Asselin. Québec, 2019, 82 minutes.

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      Despite problems, bus ridership in Montreal up slightly in 2018
      Passenger numbers are still far short of those from 2012 as complaints soar and punctuality hits its lowest mark since 2001.
      JASON MAGDER, MONTREAL GAZETTE 
      Updated: September 30, 2019
       
      Punctuality plunged, a record number of vehicles were parked for repairs and complaints soared to record levels — and yet, Montreal’s transit authority saw a slight increase in bus ridership last year.
      There were 637,908 more trips taken on city buses in 2018 compared with the year before — an increase of 0.28 per cent.
      It was the first time since 2013 that bus ridership grew.
      The figures, obtained through an access-to-information request, show 142 of 220 bus lines saw an increase in passengers.
      And yet, 2018 was a trying one for the Société de transport de Montréal.
      Because of a labour crisis in the maintenance department, an average of 1,341 buses out of a fleet of 1,807 were available for morning and afternoon peak periods.
      That represents the lowest number in a decade, and far less than the 1,424 required to deliver full service.
      The number of complaints soared by 32 per cent, and the on-time rate of buses was a meagre 79.5 per cent — the lowest since 2001, according to statistics from the STM’s website.
      The year was also marked by buses running out of fuel in record numbers while on the road.
      Despite the uptick in ridership, the numbers fall short of those from 2012. Since that time, 33.9 million fewer annual trips were recorded, accounting for a 13-per-cent overall decline.
      The increase in ridership for 2018 was surprising to Nick Chaloux, a transportation planner and former researcher at TRAM — Transportation Research at McGill.
      “The fact there is a slight growth is positive,” said Chaloux, who published a paper last year that highlighted concerns about the decline in the STM’s bus service.
      “The STM was operating with 100 fewer buses on average, with all the side effects that come with that. When you take that into consideration and you see that ridership was stagnant overall, that’s kind of impressive.”
      Sarah V. Doyon, the director of the transit lobby Trajectoire Québec, said her group was not surprised.
      “We’re finding that people are making more sustainable choices, both for the environment and because congestion is so heavy that public transit is seen as an efficient mode of transportation,” she said.
      It helps that the STM has been working to add more reserved bus lanes throughout its network, Doyon added.
      As for the record number of complaints and high number of late buses, Doyon speculated congestion played a role as buses get stuck in traffic just like cars.
      STM spokesperson Philippe Déry concurred, saying the agency is happy more Montrealers chose to take the bus during a trying year marked by major roadwork and traffic congestion.
      Déry said several measures were put in place to improve performance, including creating two new bus lines to serve the Rivière-des-Prairies and Griffintown sectors, and the merging of bus lines No. 19 with and 53 in the Ahuntsic-Cartierville borough.
      Altogether, the STM offered 68.9 million hours of service in 2018 — a 0.5 per cent increase from the year before, Déry said.
      Last spring, STM chairperson Philippe Schnobb admitted 2018 had been a difficult year and said the bus network was plagued by a deliberate slowdown by unionized employees during a labour conflict.
      In February, during a hearing of Quebec’s workplace tribunal, the STM blamed the union for a record number of buses parked in the garage for repairs.

      Breaking down the STM data by bus line, nine out of the 10 most-travelled routes continued to see ridership declines in 2018.
      Only the 51 Édouard-Montpetit line saw a 1.98 per cent increase in its ridership. That increase was enough to make it the only route in the top 10 to gain riders in the period covered by the data, from 2012 to 2018.
      Over that time, five of the 10 most-travelled buses saw declines of 20 per cent or more: the 69 Gouin, 139 Pie-IX, 121 Sauvé/Côte-Vertu, 165 Côte-des-Neiges and 67 Saint-Michel.
      The most-travelled bus is the 141 Jean-Talon Est, with 8.2 million trips recorded in 2018.
      The 51 Édouard-Montpetit was the second-most travelled bus with 7.7 million trips.
      The 161 Van Horne, the 18 Beaubien and the 24 Sherbrooke round out the top 10, and all saw declines of between one and 13 per cent.