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«Québec» était peut-être... un pont de glace!


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«Québec» était peut-être... un pont de glace!

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Promenade sur le fleuve l'hiver au siècle dernier.

Archives Le Soleil

 

 

 

Yves Hébert, historien

Lévis

 

 

 

En langue amérindienne, le mot Québec signifierait pont de glace. Cette affirmation est peut-être surprenante, mais, à y regarder de plus près, elle pourrait s'avérer tout à fait vraisemblable. Selon le Dictionnaire des noms et lieux du Québec, Kebec veut dire, dans la grande famille algonquienne, «là où c'est bouché». En langue micmaque, Kepe:k fait référence à l'expression «là où c'est fermé», bloqué, obstrué. On a souvent écrit que ce toponyme se traduit par «là où c'est étroit». On a ainsi souligné que les eaux du fleuve à proximité de Québec forment un détroit. Cela est tout aussi vraisemblable. Or, l'idée que les Amérindiens ont voulu signifier la présence de ce pont de glace par l'utilisation du mot Kebec est à explorer sérieusement.

La plus ancienne mention écrite de l'existence de cette étendue de glace et de neige est celle du père Paul Lejeune en 1633. Celui-ci observe et comprend bien déjà la dynamique des glaces. Celles-ci se forment, dit-il, le long des rives, se libèrent durant un redoux pour ensuite constituer un solide pont de glace lors d'une période de froid relativement longue. Une dizaine d'années plus tard, Marie de l'Incarnation note que le fleuve sert de pont aux Amérindiens. «Ils y marchaient, dit-elle, comme sur une belle plaine».

 

Lorsque l'on examine l'histoire de la ville de Québec et de Lévis, on s'aperçoit que le pont de glace entre ces deux villes a eu une importance avant 1900 et qu'il a marqué l'imaginaire. Il ne s'est peut-être pas formé tous les ans, mais quand il prenait, la fébrilité des habitants des deux rives était sans doute palpable. Au début de l'hiver, la question se posait : «Aura-t-on un pont?»

 

L'hiver que nous vivons actuellement est tout à fait semblable à ceux que nos ancêtres ont connus avant l'apparition des brise-glaces. À la vérité, il préoccupe grandement la Garde côtière en raison des risques d'embâcles. Au XIXe siècle, il aurait favorisé la formation d'un pont de glace entre Cap-Rouge et la pointe d'Argentenay à l'ile d'Orléans.

 

Le pont de glace entre Lévis et Québec

 

Ce pont de glace entre Québec et Lévis a marqué l'imaginaire et on lui a accordé une importance commerciale majeure au XIXe siècle, tant et si bien que les autorités de la ville de Québec pouvaient faire stopper le service des traversiers pour le faire prendre au début de l'hiver. La Ville pouvait même poursuivre ceux qui s'aventuraient à tenter de le briser. Une amende de 800$ ou l'emprisonnement durant trois mois attendaient les coupables.

 

Lorsque le pont de glace se formait, généralement en janvier, certains canotiers perdaient leur emploi, de même que de nombreux débardeurs de Québec, souvent des immigrants. Les débrouillards troquaient leurs embarcations pour des traîneaux à caisse. Ainsi, le prix des denrées baissait automatiquement dans les marchés publics de Québec. Les agriculteurs, de Lévis à Saint-Michel, pouvaient acheminer leurs produits et la viande de boucherie congelée au marché Finlay.

 

L'importance commerciale du pont de glace a été reconnue par l'Assemblée législative de la Province du Canada. Une commission d'enquête était même créée en 1852 et 1853 pour examiner la manière de le faire prendre. On examina la mise en place de certaines infrastructures telles que jetées, quais et bômes pour faciliter l'englacement. Certains, comme l'ingénieur John Lambly, considéraient ces efforts comme inutiles suggérant toutefois la construction de quais à Pointe Levy.

 

Des sentiers balisés aussi...

 

Au XIXe siècle, le pont de glace favorisait les rencontres sociales. Il comprenait quelques sentiers balisés par des têtes de sapins, un, entre autres, entre Saint-Romuald et Sillery. Le principal, d'une trentaine de pieds de largeur, était aménagé par les cultivateurs de la Côte-du-Sud et se situait entre la traverse de Lévis et le marché Finlay. Il était bordé par de petites cabanes pour se réchauffer, des tavernes minuscules à la vérité.

 

Les gens de Québec et de Lévis se côtoyaient alors dans la cordialité. Si le temps le permettait, des plaques de glace fines étaient aménagées ou préparées pour le patin. Avant le départ de la garnison de Québec en 1871, les officiers de l'armée britannique allaient agiter leurs bras comme les palmes d'un moulin à vent, nous dit Frances Elizabeth Owen Monck dans un récit de voyage de 1864-1865. Au moment opportun, on assistait aussi aux courses en raquettes, aux courses de chevaux et aux randonnées en traineaux à patins et à voile sur la glace fine.

 

Le pont de glace et son chemin entre Lévis et Québec a marqué l'imaginaire. Plusieurs peintres et photographes ont laissé des œuvres remarquables et significatives, témoignant ainsi de la vie sociale et de la perception que l'on avait de l'hiver québécois à certaines époques. Mentionnons les œuvres de James Pattison Cockburn, de Conelius Krieghoff et de Clarence Gagnon.

 

L'évocation de l'histoire étonnante de ce pont de glace nous invite à réfléchir sur la signification du toponyme Québec dans le passé. Mais, surtout, elle nous rappelle l'importance des liens économiques et culturels qui se sont tissés entre Québec et Lévis depuis plus de quatre siècles. Dans le cadre du 400e de Québec, je pense qu'il est opportun de rappeler l'histoire de ces relations entre Québécois et Lévisiens.

 

http://www.cyberpresse.ca/article/20080309/CPSOLEIL/80305117/5026/CPDMINUTE

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