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Voici un exemple de modèle alternatif que j'aime bien: on voit au-delà du capitalisme primaire "profit-only", sans non plus tomber dans l'ANTI-capitalisme primaire, tout en améliorant la société, et en participant à l'économie active. C'est ce type de choses originales, plus "sociales", qui fait l'originalité de notre système québécois. Malgré ses défaillances, ça me persuade qu'il y a du bon à conserver là-dedans. Yeah.

 

Un modèle unique en Amérique du Nord

 

Embaucher un employé dont personne ne veut, le former et finalement se le faire voler par la concurrence. Pour une entreprise d'insertion, c'est ce qu'on appelle un succès éclatant.

 

«Plutôt que de choisir la meilleure personne, j'embauche celle dont les autres entreprises ne veulent pas. Plutôt que de lui donner un apprentissage précis, j'essaie de lui donner le plus de capacités possible. Et le jour où elle devient productive, je l'offre à la concurrence. C'est correct, c'est la mécanique.»

 

Et c'est ce qui s'appelle une entreprise d'insertion.

 

Richard Gravel, qui fait cette description colorée mais juste, est directeur général du Collectif des entreprises d'insertion du Québec. Il parle en connaissance de cause: il en a fondé et dirigé une pendant plus de 10 ans.

 

 

Les entreprises d'insertion ont pour mission de donner aux sans-emploi une formation professionnelle et sociale qui leur donnera suffisamment de compétences et de confiance pour s'intégrer dans un milieu de travail. «Ce programme s'adresse aux personnes fortement éloignées du marché du travail, décrit Chantale Rhéaume, porte-parole d'Emploi-Québec. Il s'agit de les remettre en mouvement.» Les participants sont engagés pour une durée moyenne de 27 semaines et sont rémunérés. Tous sont volontaires.

 

L'administration et la production sont financées avec les revenus dits «autogénérés», c'est-à-dire provenant des activités d'affaires de l'entreprise. Les employés permanents et les formateurs sont en partie rémunérés par le programme d'Emploi-Québec, tout comme l'équipe d'intervention psychosociale.

 

Pour l'année financière 2009-2010, Emploi-Québec a reconnu et financé 52 entreprises dans 13 régions, pour un investissement total de 41,5 millions.

 

Quels sont les grands succès? La réponse de Richard Gravel replace ces entreprises dans leur propre perspective: sur les 3000 personnes qui participent au programme chaque année, on estime que 75% trouvent un emploi ou retournent aux études. «On travaille à la source de l'élimination de la pauvreté», souligne-t-il.

 

Des succès d'entreprises, il y en a pourtant, ne serait-ce que sur le plan de la durée. La plus âgée existe depuis 1982. Une infime minorité a fermé ses portes - peut-être deux fermetures, indique Richard Gravel, qui creuse sa mémoire pour les retrouver. Une des entreprises les plus connues, Renaissance, vient d'ouvrir son 10e magasin Fripe-Prix.

 

Malheureusement, les compétences acquises par les participants sont rarement sanctionnées. «Le plus gros défi des prochaines années sera la reconnaissance des compétences par les commissions scolaires», soutient Stéphanie Guérette, agente de développement en communication au Collectif.

 

Un exemple positif

 

Économiste et professeure à l'École des affaires publiques et communautaires de l'Université Concordia, Margie Mendell visite fréquemment des entreprises d'insertion avec ses étudiants ou des visiteurs étrangers. Le modèle québécois d'entreprise d'insertion est à peu près unique en Amérique du Nord.

 

«C'est un exemple très important d'une politique publique productive, dit-elle. Pour le gouvernement, il s'agit d'un investissement et non d'une dépense.»

 

Outre leur vocation sociale, ces entreprises à but non lucratif offrent des produits ou services qui doivent être à la hauteur de la concurrence.

 

Leurs objectifs divergents et l'engagement qu'elles exigent de leurs dirigeants et formateurs peuvent imposer un lourd tribut émotif. «À Québec, la directrice d'un traiteur a fait un burn-out parce que le soutien psychosocial devenait trop lourd, relate Mme Mendell. Les conditions de vie des gens se dégradaient et c'était difficile à gérer.»

 

Elle estime par ailleurs que pour plusieurs participants, une formation de six mois est insuffisante, notamment pour le soutien psychosocial et l'apprentissage des relations en emploi. Par comparaison, en Europe, ce passage accompagné peut s'étirer jusqu'à deux ans.

 

Elle souhaiterait également que les entreprises suivent systématiquement le parcours des participants dans les deux années suivant leur formation. «Sont-ils encore sur le marché du travail après deux ans? Il est important de le savoir.»

 

***

 

Les entreprises d'insertion en quelques chiffres??

 

52 entreprises d'insertion dans 13 régions du Québec

 

- En 2009-2010, Emploi-Québec y a consacré un investissement de 41,5 millions

 

- Plus de 3000 personnes formées chaque année

 

- 71% des travailleurs en formation ont de 16 à 35 ans

 

- Un taux d'insertion en emploi ou de retour à l'école de 71%

 

- 870 employés permanents

 

- Plus de 35 millions générés par la vente de produits et services

 

- Plus de 78 millions de chiffre d'affaires global

 

Sources: Collectif des entreprises d'insertion du Québec et Emploi-Québec

 

http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/quebec/201012/28/01-4355805-un-modele-unique-en-amerique-du-nord.php

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  • 8 years later...

17 octobre 2019 4h00

https://www.lesoleil.com/chroniques/brigitte-breton/lantidote-aux-derives-du-capitalisme-2b17bf4fc5df08f5f4a4cefa99c70da0

L’antidote aux dérives du capitalisme

 

CHRONIQUE / Ne comptez pas sur Alban D’Amours pour jouer le rôle de «belle-mère» au Mouvement Desjardins. Selon lui, l’institution québécoise n’a pas perdu son âme, n’est pas dénaturée. Son expérience chez Desjardins et du coopératisme international l’amène même à conclure que le coopératisme est un antidote aux dérives du capitalisme. C’est d’ailleurs le titre du livre qu’il lance cette semaine.

Des économistes se portent cet automne au chevet du capitalisme malade, incapable ou peu enclin à trouver des solutions aux inégalités sociales, aux enjeux climatiques et de développement durable.

Jeremy Rifkin propose Le New Deal vert mondial. Thomas Piketty, Capital et idéologie.

À la petite échelle du Québec, Alban d’Amours, qui a présidé le Mouvement Desjardins de 2000 à 2008, suggère pour sa part de miser davantage sur le coopératisme pour faire contrepoids au capitalisme et créer un nouvel ordre économique et social. Son ouvrage : Le coopératisme, un antidote aux dérives du capitalisme. Réflexions ancrées dans mon parcours chez Desjardins.

Selon M. D’Amours, la logique d’affaires fondée uniquement sur le profit de l’actionnaire a montré ses limites. En entrevue mardi au Soleil, il souligne que les dirigeants des 180 plus grandes entreprises américaines arrivent au même constat.

Économiste de formation, il prône un autre modèle d’affaires, celui des coopératives avec leur modèle de propriété collective, leur gouvernance démocratique et leur logique d’affaires qui en est une de service.

Il rappelle que certains ont sourcillé lorsqu’il a commencé à utiliser la notion de modèle d’affaires pour parler des coopératives. Pour lui, celles-ci sont de «véritables entreprises, soumises à la concurrence et fortes de leur logique de service».

L’homme, qui a été professeur à l’Université de Sherbrooke et sous-ministre au gouvernement du Québec avant de faire son entrée chez Desjardins en 1988, est inquiet de la montée du populisme et des inégalités sociales.

Il croit que le désordre économique met en péril nos démocraties. 

Il déplore la tyrannie des objectifs trimestriels qui rend difficile, voire impossible, la prise en compte d’enjeux sociaux et environnementaux majeurs.

«La culture financière du court terme a envahi l’espace gouvernemental, l’ignorance a pris le pas sur la science, les inégalités croissantes nourrissent la grogne, la mondialisation n’a pas répondu aux espoirs qu’elle suscitait, les directions politiques perdent leurs repères et les démocraties se fragilisent alors qu’on voit poindre des relents de totalitarisme», écrit-il dans son livre de 189 pages qu’il considère comme un héritage.

L’ouvrage, publié aux Presses de l’Université Laval, a été lancé mercredi à l’Université Laval où sa fille Sophie est rectrice. M. D’Amours est aussi diplômé de l’Université Laval. La préface du livre est signée par Guy Cormier, président et chef de la direction du Mouvement Desjardins. 

L’auteur estime que le coopératisme peut contribuer à rééquilibrer l’économie mondiale parce que sa logique d’affaires est plus inclusive. «Elle tient compte du social, des employés, des dirigeants, des enjeux climatiques et du développement durable». 

Philanthrope, M. D’Amours a contribué l’an dernier à la création de la Chaire de leadership en enseignement Alban-D’Amours en sociologie de la coopération, à l’Université Laval. «Pas en affaires, pas en économie, mais bien en sociologie. Pour moi, c’était important».

M. D’Amours souligne également que performance, rentabilité et productivité vont de pair avec le coopératisme. Un modèle qu’il juge d’ailleurs bien adapté pour l’économie circulaire et l’économie de partage. «La vraie économie de partage. Pas celle d’Uber comme le prétend le gouvernement», précise-t-il. Il voit dans l’économie de partage à la Uber, «une sorte de prolétarisation de la propriété privée».

Il préconise trois axes de performance globale et durable : la satisfaction des membres, des clients, des contribuables (du temps qu’il était sous-ministre), la productivité par l’efficacité et l’innovation, et la mobilisation des ressources humaines par le développement des compétences, la responsabilisation et la satisfaction du travail bien fait.

L’âme de Desjardins 

L’ancien président de Desjardins entend bien les critiques dont fait l’objet l’organisation lors de la fermeture de guichets automatiques ou de regroupement de caisses populaires.

Pas question pour lui de sortir sur la place publique pour critiquer le Mouvement, comme le fait parfois un autre ancien dirigeant, Claude Béland. M. D’Amours dit préférer les liens directs avec la haute direction. «C’est plus efficace et plus constructif.» Il précise qu’il a participé à tous les congrès et n’a raté qu’une seule assemblée générale en 40 ans. 

Des conseils aux dirigeants de Desjardins : se laisser guider par les éléments immuables de son modèle d’affaires, réinventer la proximité, revitaliser sa gouvernance démocratique en misant sur le numérique et accroître sa productivité. 

«Les arbitrages doivent protéger la primauté de l’intérêt des membres dans un contexte de rentabilité suffisante et rassurante. Notamment, la modification des modes d’accès aux services devrait être accompagnée de modes compatibles avec sa logique d’affaires, même s’il faut assumer temporairement des coûts additionnels nécessaires à la mutation et à son acceptabilité par les membres.»

Selon M. D’Amours, «l’âme de Desjardins» a évolué depuis les 120 dernières années, mais les membres, les dirigeants et les employés ont toujours soif d’humanisme.

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