McKenna rêve d'une route reliant le Nouveau-Brunswick à Sherbrooke

Pascal Morin
La Tribune
Sherbrooke


S’il n’en tenait qu’à Frank McKenna, l’ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, une route directe ferait le lien entre sa province et Sherbrooke. Un rêve qui est cependant encore loin de se concrétiser.

Dans une allocution devant les membres de l’Association des constructeurs de route du Nouveau Brunswick, en milieu de semaine, l’ancien politicien a insisté sur l’importance de réaliser ce lien routier en raison des nombreux avantages économiques que ce dernier procurerait aux entreprises du Québec ainsi qu’à celles des provinces atlantiques.

Il a proposé une route à péage qui débuterait dans la petite localité de St. Stephen/Calais, située à la frontière américaine, et qui traverserait d’est en ouest l’État du Maine pour finalement aboutir au sud de la capitale des Cantons-de-l’Est. Actuellement, les automobilistes et transporteurs doivent emprunter les routes secondaires du Maine pour se rendre au Nouveau-Brunswick ou s’engager dans un long trajet via les autoroutes québécoises 55 et 20.

«Je suis un fervent partisan du lien est-ouest qui est proposé. Cela permettrait une économie de temps d’environ deux heures en terme de conduite et épargnerait des centaines de kilomètres aux automobilistes et camionneurs, a-t-il précisé à un journaliste de l’Acadie Nouvelle. J’ai parlé aux promoteurs du projet cette semaine. Ils m’ont dit qu’ils étaient déterminés à aller de l’avant.»

Le gouvernement américain devrait évidemment être impliqué dans cet ambitieux projet puisque la majeure partie du tracé serait sous sa juridiction. Depuis quelques années, l’idée d’aménager l’autoroute I-95 (East-West Highway) a d’ailleurs souvent fait partie des discussions chez nos voisins dus Sud.

Au Québec, l’idée avancée par Frank McKenna fait l’objet de beaucoup de scepticisme, autant de la part de l’industrie du camionnage que du député provincial de Richmond, Yvon Vallières. Ce dernier avoue même n’avoir jamais entendu parler d’une telle route, qui nécessiterait d’ailleurs une «très large participation du gouvernement fédéral», dit-il.

«Car les 30 milliards $ sur cinq ans que le gouvernement du Québec a prévu pour le réseau routier vont très majoritairement à la réfection des routes et non à la construction de nouvelles», affirme M. Vallières.

De son côté, Marc Cadieux, président-directeur général de l’Association du camionnage du Québec, n’a rien contre une nouvelle voie qui «faciliterait les échanges commerciaux», mais il doute fortement du sérieux du projet.

«On ne peux pas être contre la vertu d’améliorer la fluidité au niveau du transport de marchandises, mais si l’on se fie à ce qui se passe avec l’autoroute 30 dans la région de Montréal, ce n’est pas demain la veille que nous allons couper le ruban de cette route entre le Nouveau-Brunswick et Sherbrooke», lance-t-il.

«C’est complètement farfelu comme idée! clame quant à lui André Nault, des AmiEs de la terre de l’Estrie. Le Québec aurait avantage à s’occuper de remettre en état ses propres routes plutôt que de s’engager dans la construction de nouvelles.»