Sommet culturel - La danse des millions à Québec

Le Devoir
Guillaume Bourgault-Côté
Édition du mardi 17 février 2009

Mots clés : James Moore, Sommet culturel, Culture, Québec (province), Québec (ville)

Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, brillait par son absence

La capitale a engrangé des promesses totalisant 50 millions au sommet Québec horizon culture, qui se tenait hier.

Québec -- Crise économique ou pas, c'est une véritable valse des dollars qui a rythmé hier le sommet Québec horizon culture. Quelque 50 millions d'engagements fermes ont été promis pour remodeler le visage culturel de la capitale, et ce, en présence de tout ce que le milieu compte d'intervenants et de partenaires... à l'exception notée du gouvernement fédéral.

Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, s'est ainsi fait remarquer par son absence, soulignée par plusieurs des participants qui ont pris la parole au fil des plénières.

Aucun député du gouvernement n'avait été dépêché pour assurer la présence d'Ottawa au forum. Selon le bureau de M. Moore, un «conflit d'horaires» a empêché la visite du ministre.

Pour le critique libéral en matière de Patrimoine, Pablo Rodriguez, cela donne plutôt l'impression que les conservateurs «ont peur du milieu culturel». «Il y a une chaise vide, a-t-il dit après une activité. Et pourtant, tous les députés du Québec sont dans la région. C'est étrange.»

La ministre de la Culture et des Communications du Québec, Christine St-Pierre, organisatrice de l'événement, n'a pas voulu en faire un plat. Elle transmettra à son homologue -- qui sera à Montréal aujourd'hui -- les résultats du sommet. Résultats qui, à ses yeux, sont entièrement positifs.

Positifs parce que la participation a été massive (environ 800 personnes selon les organisateurs) et que l'argent était au rendez-vous pour appuyer les idées et concrétiser l'intention affichée de placer la culture au centre du développement économique de la ville. En matinée, les millions ainsi pleuvaient de partout.

Au final, Québec horizon culturel a donc engrangé des promesses totalisant 50 millions. Plusieurs des sommes évoquées par la Ville de Québec et le ministère de la Culture avaient déjà été dévoilées, mais la Ville a annoncé 12,3 millions d'argent frais, alors que le gouvernement ajoutera 32 millions sur trois ans pour répondre aux besoins culturels de la capitale. Plusieurs autres organismes contribuent de leur côté.

Par exemple, le premier ministre Jean Charest a annoncé la bonification (de 21 à 30 millions) de l'entente de développement culturel entre la Ville et le ministère de la Culture.

Une trentaine de projets ont autrement été adoptés et chiffrés. La Ville et le gouvernement financeront notamment la création et la réalisation d'une télésérie dramatique à Québec (2,5 millions). Un peu moins de un million sera aussi réservé pour créer une mesure d'aide au démarrage des productions cinématographiques et audiovisuelles dans une ville qui en manque cruellement, a-t-on signalé hier.

Le ministère accordera par ailleurs 750 000 $ sur trois ans pour permettre aux compagnies culturelles de Québec de «rayonner sur la scène nationale et internationale», un enjeu délicat ces temps-ci.

Deux mesures ont été adoptées pour promouvoir le financement privé en culture. Un nouveau poste sera notamment créé à la Chambre de commerce de Québec pour une personne qui devra trouver des moyens de favoriser le mécénat culturel. Trois fonds d'investissement (équipements culturels, bibliothèques et restauration de biens patrimoniaux) sont également créés pour rénover Québec.

Le sommet a accordé une bonne place au sort de la relève: le programme Première Ovation sera donc élargi à de nouvelles disciplines. De même, le quartier Saint-Roch -- que l'on désire voir en «haut lieu de la créativité contemporaine» -- bénéficiera de plusieurs enveloppes.

On fera en sorte de «miser sur le design et l'art public» pour aménager l'espace urbain dans le quartier. Le maire Régis Labeaume a parlé de projets au design «fou», avec des lampadaires et des bancs de parcs très stylisés.


Pour le président d'honneur du sommet, Robert Lepage, la journée d'hier aura été l'occasion de confirmer un «changement d'attitude» fondamental à Québec. Rappelant que les milieux des affaires et de la culture collaborent rarement («ce sont deux solitudes»), M. Lepage a estimé que l'on «avait commencé à se parler, à se connaître».

«Aujourd'hui, on a mis en valeur la valeur de la culture», a-t-il indiqué en point de presse après la clôture. Selon le metteur en scène, le sommet permettra aussi à Québec de «sortir de la confrontation» avec Montréal. «On arrête de comparer Québec à Montréal pour parler de ce qu'on peut offrir. C'est nouveau dans le discours, ça.»

La ministre St-Pierre a pour sa part fait allusion à un «événement d'ampleur» apte à faire de Québec un «pôle culturel important». «Nous avons fait avancer la cause de l'investissement privé, imaginé des initiatives porteuses pour la relève et mis en branle des projets emballants», a jugé la ministre. C'est selon elle «une véritable bouffée d'oxygène à la vie culturelle de Québec».

Un comité de suivi sera mis sur pied pour mesurer l'avancement réel de tout ce qui a été annoncé hier.

L'idée de tenir Québec horizon culture est née dans la foulée de Rendez-vous Montréal -- métropole culturelle, événement tenu en novembre 2007 et qui avait notamment précisé le développement du Quartier des spectacles.

Avec collaboration d'Alec Castonguay

http://www.ledevoir.com/2009/02/17/234303.html (17/2/2009 4H51)



Voir aussi le téléjournal de hier aux alentours de 37 min. 15 sev. sur le sujet:

http://www.radio-canada.ca/audio-vid...2200.asx&pos=0